Blocages écologiques : mobilisation pour le climat à Londres et Paris

Résumé : Alors que le mois d’avril a été agité par les manifestations pour l’environnement, le week-end de Pâques a vu culminer les blocages écologiques, à Londres notamment. A Paris, plusieurs ONG ont aussi appelé vendredi 19 à la désobéissance civile pure et simple. Alors, où en est la situation et comment en est-on arrivé là ?

Blocages écologiques : la bataille de Waterloo

Tout a commencé avec Extinction Rebellion : ce groupe qui se désigne ouvertement comme un mouvement de « désobéissance civile » lutte contre le réchauffement climatique depuis sa création au Royaume-Uni en 2018. Bien que né de l’autre côté de la Manche, Extinction Rebellion se veut être un mouvement international, et il possède notamment une branche en France depuis novembre 2018.

Désobéissance civile, kézako ?

La désobéissance civile est une transgression délibérée mais non violente d’une loi par des citoyens poussés par des raisons éthiques.

C’est donc ce mouvement qui a appelé à une semaine entière de blocage écologique à Londres. Extinction Rebellion n’en était toutefois pas à son coup d’essai, car il était déjà à l’origine du blocage des ponts de Londres en novembre 2018. Cette fois, le mouvement a cependant décidé de lancer une « Semaine internationale de la Rébellion » pour mettre la pression sur le gouvernement en attirant l’attention sur son inaction écologique.

Extinction Rebellion, ou XR, a donc choisi de bloquer des lieux emblématiques de la capitale anglaise pendant une semaine. Ce sont ainsi cinq lieux importants et stratégiques de Londres qui ont fait l’objet de ces blocages écologiques :

  •  Marble Arch, où la jeune militante Greta Thunberg s’est rendue dimanche
  • La place Oxford Circus, important carrefour de Londres
  • Le pont Waterloo Bridge
  • La place presque mythique Piccadilly Circus
  • Parliament Square, devant le parlement anglais

mobilisation environnementLa mobilisation a ainsi duré toute la semaine dernière, XR appelant à établir un « état d’urgence écologique » et interpellant notamment le premier ministre Theresa May, dont le silence a été pointé du doigt sur le compte Twitter du mouvement. « Nous sommes dans la rue depuis lundi, et toujours aucune réponse du gouvernement », a rappelé un tweet du mouvement, appelant Theresa May à les y rejoindre pour discuter.

Le week-end de Pâques n’a pas mis fin aux blocages, bien au contraire : XR en a profité pour multiplier les activités ludiques avec des discours, des concerts, mais aussi du yoga ou encore… des massages. Ainsi, ils étaient encore plusieurs milliers à bloquer les artères de Londres, uniquement ouvertes aux cyclistes. A Waterloo Bridge, le pont a été transformé en jardin à grands renforts d’allers-retours de brouettes.

A l’issue de cette semaine de blocages écologiques, le bilan de la manifestation, qui se voulait strictement non-violente, est lourd : plusieurs centaines de personnes ont ainsi été arrêtées par la police londonienne. Scotland Yard a ainsi indiqué hier 22 avril avoir arrêté 1065 personnes depuis lundi 15.

Pourtant, le mouvement ne s’est pas arrêté à l’issue de la semaine : si XR a indiqué dimanche être prêt à cesser ses blocages si le gouvernement se déclare prêt à négocier, des manifestants campaient toujours à Hyde Park lundi. La journée a également été marquée par un « die-in » au Musée d’histoire naturelle, où plusieurs dizaines de personnes sont venues s’allonger sous le squelette de la baleine bleue qui orne le hall du musée.

pollution océan

Quand la défense de l’environnement se radicalise ?

Ce qu’ont prouvé les actions d’Extinction Rebellion et la mobilisation des milliers de Londoniens tout au cours de cette semaine, c’est que les marches pour le climat ne suffisent plus. Les derniers mois ont été marqués par le thème des protestations en faveur de la défense de l’environnement, depuis les grèves scolaires à travers l’Europe jusqu’à la « marche du siècle » du 16 mars dernier, qui a réuni environ 350 000 manifestants en France.

disparition espèceCette marche porte bien son nom : plus que jamais, les écologistes tirent l’alarme sur la nécessité d’agir maintenant, à une époque où l’on estime qu’une espèce disparaît toutes les vingt minutes – un rythme encore jamais atteint dans l’histoire de la planète. Il ne s’agit plus seulement de marcher, il s’agit de se faire entendre et le mouvement d’XR cherche à s’inscrire dans ce qui est en train de devenir la mobilisation du siècle.

Les actions se multiplient : vendredi 19 avril, un groupe d’ONG mené par Greenpeace et comprenant ANV-COP 21 mais aussi les Amis de la Terre ont aussi appelé à « bloquer la République des pollueurs ». Elles aussi ont appelé à la désobéissance civile, non violente mais pas moins contestataire. Elles non plus n’en étaient pas à leur première fois, mais la grande nouveauté réside dans le fait qu’il ne s’agit plus seulement d’actions de leurs militants, d’un appel à la participation du grand public.

Pauline Boyer, d’ANV-COP 21, a justifié de façon simple l’usage de la désobéissance civile et l’appel des ONG à y recourir : « Quand l’État et la loi engendrent de l’injustice et mettent en péril notre avenir, ils ne méritent plus l’obéissance aveugle des citoyens ».

Ainsi, la Défense a été le théâtre d’un blocage du siège de Total, d’EDF, de la Société Générale mais aussi du ministère de la transition écologique du centre d’affaires. Les quatre bâtiments ont été occupés par environ 2000 militants, réprimés par les forces de l’ordre, qui ont notamment fait usage de gaz lacrymogène.

gaz effet de serre

Alors, qu’attendre des suites de ces actions ? Du côté de Londres, le gouvernement, noyé dans son Brexit, ne s’occupe guère de la montée des océans. A Paris, le gouvernement d’Emmanuel Macron est préoccupé par Notre Dame et les Gilets Jaunes. Plus loin, de l’autre côté de l’Atlantique, le président américain Donald Trump a célébré hier le Jour de la Terre 2019 avec un discours louant son économie… mais ne mentionnant nulle part les changements climatiques, lui qui compte toujours parmi les climato-sceptiques.

Pourtant, 2020 sera une année cruciale pour le climat : il doit s’agir d’un « tournant climatique » selon les scientifiques. En d’autres termes, c’est l’année où les émissions de gaz à effet de serre doivent absolument avoir atteint leur pic, faute de quoi le réchauffement climatique sera supérieur au seuil critique des + 1,5 degrés. Vous pouvez en savoir plus sur ce tournant important en lisant cet article.

Alors que la situation devient urgente, les mouvements similaires à ceux qui ont agité l’Europe ces derniers jours devraient encore se multiplier. A mesure que le grand public est sensibilisé aux alarmes tirées par les écologistes, il est même probable que l’environnement devienne un enjeu électoral. En tout cas, le message adressé aux gouvernements occidentaux est clair : pour le climat, c’est maintenant ou jamais.

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