Réunion du premier Conseil de Défense Écologique avant les Européennes

Résumé : Alors que les élections européennes ont lieu ce dimanche et que la campagne touche à sa fin, Emmanuel Macron a réuni son premier Conseil de Défense Écologique. Annoncé après le Grand Débat, il était censé agir pour de bon en faveur de l’environnement. Alors, quel bilan de cette réunion et que penser de sa tenue à quatre jours des élections ?

Cinquante nuances de vert à l’approche des Européennes

Au moment d’annoncer les conclusions du Grand Débat le 25 avril dernier, Emmanuel Macron avait annoncé la création de ce Conseil de Défense Écologique (CDE). Le but ? Réunir des ministres pour se concerter sur la transition écologique sous sa direction.

L’opposition avait réagi très vite : Yannick Jadot, tête de liste pour Europe Ecologie Les Verts (EELV) aux élections européennes, avait notamment accusé le Président de « prendre les Français pour des imbéciles » et lui avait surtout reproché de créer une énième coquille vide plutôt que d’agir pour de bon.

C’est donc dans la perspective des Européennes qu’Emmanuel Macron a réuni le premier Conseil de Défense Écologique jeudi 23 mai. Autour de la table, le Président français et douze de ses ministres, notamment le Premier ministre Edouard Philippe, le ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy, mais aussi les ministres de l’agriculture, de l’économie ou encore des transports.

Le programme de cette première séance était chargé : au menu, recyclage des plastiques, Code minier ou encore biodiversité. Des déclarations ont donc été faites à l’issue du CDE. De vraies annonces… un peu moins. Le gouvernement a surtout « évalué » certains chantiers déjà engagés et jugé de leur avancée.

montagne d'or guyaneIl a, il est vrai, plus ou moins enterré le projet très controversé de la Montagne d’or, une mine en Guyane jugée incompatible avec les préoccupations écologiques de la France. Mais « plus ou moins », vraiment : si le CDE a constaté qu’il ne répond pas aux exigences environnementales que devrait avoir notre gouvernement, on attend encore qu’il passe véritablement et officiellement à la trappe.

Quid de la réforme du code minier, attendue depuis dix ans ? Sa relance a été annoncée et le projet rédigé en 2013 (!) sera présenté en conseil des ministres en… décembre 2019. Cela ne marquera pas pour autant la fin de cette réforme, qui devra passer par ses traditionnels décrets d’application. Bref, la France n’est pas prête d’en voir la couleur, et elle sera peut-être à la charge du prochain Président.

Côté budget, ce premier CDE a promis quelques milliards d’euros pour financer l’isolation thermique des bâtiments des collectivités et la rénovation énergétique des logements sociaux. De nouvelles réserves nationales doivent aussi être créées d’ici 2022.

Et pour le reste, le gouvernement s’est surtout auto-complimenté sur ses mesures, sans abandonner aucun des projets critiqués par les écologistes. François de Rugy a souligné qu’en matière de biodiversité, neuf programmes du Plan Biodiversité ont été menés à bien. Sauf qu’ils sont quatre-vingt-dix et qu’il reste donc un bout de route à faire.

Il a aussi annoncé la mise en place d’un observatoire de l’artificialisation des sols. C’est exactement le type de déclaration qui contraste avec le discours censément proactif d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui, pour l’écologie, le temps n’est plus à l’observation. Et face à ces maigres résultats, le Président est accusé de réagir tant bien que mal à la pression des écologistes et d’avoir planifié ce CDE « comme par hasard » juste en amont des Européennes.

Emmanuel Macron donne-t-il dans l’opportunisme ?

C’est en tout cas ce que dénonce Yannick Jadot, l’accusant d’ « opportunisme électoral » sur France Inter mercredi 22 mai. Il est vrai que jusque-là, l’écologie n’avait jamais vraiment semblé être la priorité d’Emmanuel Macron. Outre le fait qu’il ne lui a consacré qu’une brève partie de son discours du 25 avril, il est surtout connu pour multiplier les instances plutôt que les actions.

Le Conseil de Défense Écologique n’est rien de moins que… la soixante-deuxième commission rattachée au ministre de la Transition écologique. Beaucoup de comités pour peu d’actes ?

Depuis l’élection présidentielle, le gouvernement d’Emmanuel Macron accumule les cartons rouges écologiques. Malgré ses belles promesses initiales, il a été marqué par le départ de Nicolas Hulot, ancien ministre de la Transition écologique. Sa démission en août 2018 avait secoué le gouvernement, et les termes de son discours sur France Inter étaient clairs… et accusateurs.

« Je n’y crois plus », avait-il notamment regretté, pointant du doigt l’impossibilité à faire du réchauffement climatique une priorité de l’Etat et ne parvenant plus à se satisfaire des « petits pas » du gouvernement français. La phrase à retenir ? « Je ne veux pas que ma présence au gouvernement donne l’illusion qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là ».

pollution france

Car deux ans après son élection, ce n’est pas le seul point noir du Président en matière d’écologie. Durant l’année pendant laquelle Nicolas Hulot a été ministre, le bilan était déjà maigre. Zéro sur la sortie des pesticides, pas d’interdiction du glyphosate, des échéances de sortie du nucléaire pas atteintes, un échec sur les questions de biodiversité, et la liste est encore longue. En somme, peu d’avancées, des restrictions de budget et d’effectifs, et une démission fracassante comme point d’orgue d’une année où l’écologie a fait la grimace.

Et depuis, la transition écologique attend toujours son tour. Les énergies fossiles sont toujours subventionnées à hauteur de 11 milliards d’euros, le gouvernement a rejeté une taxe sur le kérosène des avions, et la taxe carbone finance en partie le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, un avantage fiscal pour certaines (et souvent grandes) entreprises. Une accumulation de mesures qui rendent perplexe sur la soudaine mobilisation d’Emmanuel Macron sur l’écologie.

De façon réaliste, certaines promesses ne sont pas passées à la trappe, mais entre les projets reportés (EPR de Flamanville, fermeture de la centrale Fessenheim, etc) et les décisions défavorables à l’environnement sur les énergies fossiles et les hydrocarbures (RIP la loi Hulot de 2017) ou encore la déforestation, le programme électoral d’Emmanuel Macron fait aujourd’hui un peu la moue.

écologie françaisAlors, le Président est-il subitement devenu écolo ? Il faut dire que le climat devient une vraie préoccupation des citoyens et sera un enjeu de taille aux élections européennes du 26 mai – un enjeu qui pourrait faire la différence au scrutin. A l’automne 2018, une enquête montrait ici que 29% des Français considéraient que l’environnement devait devenir une priorité du gouvernement. 76% des sondés estimaient même que la lutte contre le réchauffement climatique devait être une priorité globale.

Et chez les jeunes, la tendance est encore plus marquante. Et l’actualité ne fait que confirmer les chiffres : alors que les ONG et groupes écologistes appellent à la désobéissance civile, les marches pour le climat et les manifestations diverses se multiplient. Une mobilisation des jeunes était encore prévue pour le 24 mai. Pour Emmanuel Macron, on ne sait pas, mais pour les Français, l’environnement est au goût du jour.

Sources :

  • https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/01/10/ecologie-quel-bilan-pour-emmanuel-macron_5407342_4355770.html
  • https://www.liberation.fr/france/2019/05/23/conseil-de-defense-ecologique-des-paroles-plus-que-des-actes_1729035
  • https://reporterre.net/Nicolas-Hulot-demissionne-ce-qu-il-a-dit

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