Que penser du conseil de défense écologique d’Emmanuel Macron ?

Résumé : Le président Emmanuel Macron a annoncé jeudi 25 avril la création d’un « conseil de défense écologique ». Les premières réactions, tant chez l’opposition que les ONG écologistes, sont déjà mitigées. Alors, action vraiment écologique ou promesse creuse ? Nous vous expliquons le projet d’Emmanuel Macron !

Grand débat : quid de l’environnement ?

Jeudi 25 avril, le président Emmanuel Macron a réuni la presse à l’Elysée pour annoncer les conclusions du grand débat, lancé dans le cadre de la crise des Gilets Jaunes qui secoue le pays depuis le mois de novembre. Annoncé dès le mois de décembre, le grand débat national devait permettre aux citoyens français de donner leur avis sur quatre thèmes différents :

  • la fiscalité, doléance principale du mouvement des Gilets Jaunes
  • un accompagnement des Français dans leur vie quotidienne (logement, chauffage, etc)
  • la pratique de la démocratie et la citoyenneté
  • l’organisation de l’Etat et des services publics

La transition écologique faisait également partie des questions abordées, raison pour laquelle Emmanuel Macron a évoqué le problème environnemental lors de sa conférence de presse. Ce n’est qu’après une quarantaine de minutes de discours que le président a finalement mentionné la question – déjà un indice, peut-être, de la priorité que représente l’écologie pour son gouvernement.

pollution environnementEmmanuel Macron a pourtant fait référence aux mobilisations étudiantes et à l’implication des jeunes dans le grand débat en signalant que « l’état d’urgence climatique est là ; notre jeunesse nous le dit à chaque instant ». D’après un sondage d’OpinionWay avec 20 minutes que vous trouverez ici, près de 60% des 18-30 ans souhaitent en effet que l’environnement devienne une priorité de l’Union Européenne – une proportion qui augmente même de 4% lorsqu’on ne prend que les 18-22 ans.

Conscient de l’enjeu, le président a annoncé la création d’un « conseil de défense écologique ». Une appellation très militaire à mettre en parallèle avec son « état d’urgence ». Mais alors, en quoi consiste ce conseil ? Présidé par Emmanuel Macron lui-même, il réunira un groupe de ministres en vue d’une concertation sur la transition écologique pour « mettre au cœur de toutes nos politiques cette urgence climatique ».

Autre annonce, le président souhaite impliquer les Français dans la transition écologique. Il a aussi prévu que les citoyens siégeant au conseil de participation citoyenne abordent le sujet. Pour rappel, ils seront 150 tirés au sort pour faire partie de ce futur conseil.

réchauffement climatique

Vraie promesse ou rendez-vous manqué ?

Une quarantaine de minutes, donc. Quarante minutes pendant lesquelles le climat n’a pas été évoqué, pendant lesquelles la transition écologique n’a pas, une fois de plus, été une priorité. Lorsqu’il a fini par être mentionné, il a fait l’objet de deux minutes de discours. Alors ce conseil de défense écologique est-il enfin un engagement de l’Etat pour la transition climatique ou beaucoup de poudre aux yeux ?

Il faut bien le dire : alors que l’environnement est actuellement sur le devant de la scène, avec une multiplication et une diversification des actions, le climat peine à devenir une priorité pour les chefs d’Etat. Tandis que les mouvements écologiques renouvellent leurs manifestations et appellent à la désobéissance civile, les gouvernements sont aux abonnés absents.

manifestation climatSans aller dans les extrêmes du climato-scepticisme du président américain Donald Trump, force est de constater que la politique ne s’intéresse guère au réchauffement climatique. Invitée par la jeune activiste suédoise Greta Thunberg, qui s’est adressée mardi aux députés anglais et entretenue ensuite avec plusieurs leaders de partis, Theresa May n’a tout simplement pas fait le déplacement.

Avec son annonce, Emmanuel Macron peine à convaincre et les écologistes ne s’y sont pas trompés : dans la foulée de la conférence de presse, l’activiste et directeur général de Greenpeace France Jean-François Julliard a commenté sur Twitter : « Plutôt que des mesures concrètes, le président annonce la création d’un nouveau comité. Décidément, le temps de l’action climatique, ce n’est pas encore pour aujourd’hui… »

Carton rouge

En décembre, la pétition de quatre ONG – dont Greenpeace – appelant à poursuivre l’Etat français pour « inaction face au réchauffement climatique » a été signée par plus de 2 millions de personnes.

Du côté de l’opposition, on n’est pas plus optimiste. Yannick Jadot, d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), a réagi sur France Bleu Loire Océan et va dans le même sens que les ONG : « On invente encore une autre institution, une autre autorité, tout ça pour ne pas agir ». Très critique, il n’a pas hésité à déclarer que c’était « prendre les Français pour des imbéciles ».

Ministre de l’environnement sous François Hollande, Delphine Batho considère elle qu’ « il y a de la part du président de la République une incompréhension du mouvement pour le climat ». L’horizon de la concertation du conseil citoyen sur le climat est de 2025, quand on estime que le point tournant du réchauffement climatique est en… 2020. A un an du point de non-retour, on attend donc encore.

Sources :

  • https://www.francebleu.fr/infos/politique/conseil-de-defense-ecologique-pour-yannick-jadot-eelv-c-est-prendre-les-francais-pour-des-imbeciles-1556262803
  • https://www.lemonde.fr/politique/live/2019/04/25/suivez-en-direct-l-intervention-d-emmanuel-macron-en-conclusion-du-grand-debat-national_5454926_823448.html
  • https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/04/26/l-ecologie-grande-absente-du-discours-d-emmanuel-macron_5455169_823448.html

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