Ecologie : ça y est, l’humanité vit à crédit

Résumé : Il y a quarante ans, c’était au mois de novembre. En 2019, le seuil de dépassement a été atteint le 29 juillet. Depuis, l’humanité vit à crédit. Très mauvais signe pour l’écologie, ce seuil signifie que nous avons consommé plus de ressources naturelles que la Terre n’en produit sur l’année. En somme, alors que nous ne sommes pas encore au mois d’août, nous avons déjà dépensé toutes nos ressources annuelles.

Le Jour du dépassement franchi dès le 29 juillet 2019

Lundi 29 juillet : de retour de week-end, vous prenez la voiture pour retourner au travail. Et en mettant le contact, vous ignorez que l’humanité n’en a déjà plus le luxe. En ce 29 juillet 2019, nous avons en effet atteint le « Jour du dépassement » : c’est la date à partir de laquelle nous avons dépensé plus de ressources naturelles que la Terre n’en produira sur toute l’année 2019.

Ce seuil est calculé chaque année par Global Footprint Network (GFN), un think tank indépendant créé en 2003 et qui se spécialise dans l’écologie et le développement durable. GFN produit notamment des comptes d’empreinte écologique, mais calcule aussi le Jour du dépassement.

jour dépassement déforestationCette année, il était donc pour ce lundi où nous avons vaqué à nos occupations quotidiennes et consommé comme d’habitude. Comme si nous n’avions pas pêché plus de poissons qu’il n’en naîtra d’ici au 31 décembre, comme si nous n’avions pas coupé plus d’arbres qu’il n’en poussera avant le Nouvel An, comme si nous n’avions pas produit plus de CO2 que la Terre n’est capable d’en absorber en douze mois.

Alors oui : désormais, cinq mois avant la fin de l’année 2019, l’humanité vit donc à crédit. Elle a dévoré plus de ressources que la Terre n’en produira d’ici décembre. Et chaque année, ce jour tombe un peu plus tôt : l’année dernière, il était calculé au 1er août 2018. En 2009, il y a dix ans tout juste, il était fixé au 24 août. Et il y a quarante ans, en 1979, le Jour du dépassement était le 31 octobre… soit trois mois plus tard qu’aujourd’hui.

L’humanité dépasse la capacité de production de la Terre depuis le tout début des années 1970. Avant cela, nous étions à l’équilibre.

Cela signifie que l’humanité n’a pas été capable de prendre des mesures concrètes pour diminuer sa consommation de ressources naturelles et ses émissions de gaz à effet de serre. Cela signifie que malgré tous les accords, toutes les promesses, tous les signaux d’alarme tirés à travers le monde, nous continuons d’être dans le rouge.

calcul jour dépassement

Le Jour du dépassement, un calcul critiqué

Ce seuil fait couler l’encre chaque année. D’un côté, il y a ceux qui mettent en garde et dénoncent une attitude prédatrice de l’humanité vis-à-vis des ressources limitées de notre planète. De l’autre, il y a ceux qui pointent du doigt un mode de calcul contestable, qui se base sur la biocapacité de la Terre et sur l’empreinte écologique de l’Homme.

Biocapacité, kezako ?

La biocapacité, c’est tout simplement la capacité biologique d’une zone à produire des ressources naturelles. Pour le Jour du dépassement, le GFN calcule en hectares.

Cette méthode de calcul est critiquée pour les éléments qu’elle utilise : certains experts considèrent en effet qu’il est impossible de juger de l’empreinte écologique de l’humanité. Autre problème : un calcul basé sur l’hectare moyen, alors que toutes les zones terrestres ne produisent ni ne consomment de la même façon.

Il suffit de constater les grands écarts qui existent entre les différents pays développés. Aujourd’hui, on estime que nous aurions besoin de 2,7 planètes pour vivre si le monde consommait comme les Français. En basant le calcul sur le mode de vie des Etats-Unis, l’humanité aurait besoin de… 5 planètes ! La moyenne mondiale est actuellement à 1,75 – et c’est trop. Envie de tester votre propre consommation ? Vous pouvez utiliser cet outil du WWF.

consommation planètes par pays

Alors que les chercheurs dénoncent encore un calcul simpliste et des outils qui n’existent en fait pas encore, le Jour du dépassement reste un élément symbolique plus que mathématique. Il n’en reste en effet pas moins que chaque année, l’humanité consomme un peu plus que la précédente. Et pour revenir à l’équilibre que nous avions en 1970 d’ici à 2050, il faudrait faire reculer le Jour du dépassement de cinq jours par an. Mission impossible ?

Un dépassement, oui, mais pas inéluctable

Le Jour du dépassement – et son avancée chaque année – n’est pas une fatalité. Il est avant tout le résultat d’un mode de (sur)consommation qui peut encore changer. Il découle aussi d’une empreinte carbone trop élevée. Même si le calcul du Global Footprint Network préfère s’appuyer sur l’empreinte écologique, le principal problème se trouve du côté des émissions de CO2. Mais alors, comment fait-on pour faire reculer le Jour du dépassement, tout symbolique qu’il soit ?

  1. On réduit l’utilisation de nos voitures : en France, les transports sont les premiers coupables des émissions de CO2
  2. On se tourne vers les énergies renouvelables : la France est en retard sur ses objectifs et doit doubler sa production dans les dix prochaines années
  3. On arrête le gaspillage alimentaire : un tiers de la production agricole passe à la poubelle. Réduire le gaspillage de moitié, c’est gagner 10 jours sur le Jour du dépassement !

Trois bonnes résolutions qui tardent à être appliquées et qu’on aimerait bien voir concrétisées. Pour le moment, le monde continue de consommer plus que la planète ne peut produire. Nos gouvernements multiplient les promesses, mais peu les actions. En signant le CETA, l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union Européenne, l’Assemblée Nationale française a d’ailleurs récolté un nouveau carton rouge écologique. Alors pour inverser la tendance, on commence… hier.

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