Marche Rouge à Paris : la cause animale, un enjeu social ?

Résumé : La Marche Rouge organisée à Paris le samedi 8 juin visait à protester contre les abattoirs. Elle s’inscrit dans un mouvement plus global de défense des droits des animaux et de protestation contre nos modes de consommation. Des dégradations à la libération des animaux en élevage en passant par les manifestations pacifiques, les initiatives se multiplient. Au point que la cause animal en devienne un enjeu citoyen ?

Une marche contre les abattoirs à Paris

C’est l’association anti-viande L214 Ethique et Animaux qui avait appelé à manifester à Paris samedi 8 juin. Il s’agissait de la huitième édition de cette marche contre les abattoirs, organisée pour protester contre l’élevage, les abattoirs et la pêche. Le communiqué sur leur site Internet expliquait : « Rien qu’en France, plus de 3 millions d’animaux terrestres et des dizaines de millions d’animaux aquatiques sont tués chaque jour ».

Alors que la biodiversité est en crise, consommer de la viande est devenu une question écologique aussi bien qu’idéologique. C’est même par souci pour l’environnement que certains se mettent au veganisme. Gros générateur de gaz à effet de serre, l’élevage pollue les sols. De son côté, la pêche surexploite les ressources aquatiques. Bref, notre consommation n’est pas un cadeau pour la planète.

En marge de cette manifestation, un événement « Vegan Place XXL » s’est donc aussi tenu place de la République. Vente de gaufres vegan et récoltes de fonds mais aussi stands d’associations ont animé la journée. Pour le cofondateur de L214 Sébastien Arsac, il s’agit surtout de comprendre qu’il faut « déconstruire le système et nos modes de consommation ».

parti animaliste
© Paris animaliste

L214 mettait aussi cette marche en perspective avec le résultat du Parti animaliste aux Européennes. Fondé en 2016, ce parti a créé la surprise lors des élections européennes du 26 mai en obtenant 2,2% des voix. Pour L214, un tel score « ne laisse aucun doute sur la préoccupation citoyenne grandissante pour les intérêts des animaux ». Alors, la cause animale est-elle devenue un enjeu social en 2019 ?

Les droits des animaux, un enjeu de société ?

Selon les organisateurs, ce sont entre 3000 et 4000 manifestants et militants vegans qui ont répondu à l’appel de L214 ce samedi. Ils n’étaient pourtant que 2300 selon la police, et « plusieurs centaines » selon l’Agence France-Presse (AFP). Bien loin, donc, des 500 000 voix que représentait le score du Parti animaliste aux Européennes.

Plusieurs associations étaient cependant représentées. C’est le cas par exemple de One Voice, qui milite pour « le droit absolu des animaux au respect », ou des militants antispécistes et animalistes comme ceux de Boucherie Abolition qui dénoncent un véritable « génocide ». Des pancartes du Parti animaliste ont également fait partie du cortège.

L'antispécisme, c'est quoi ?

Le spécisme est une idée des années 70 qui considère que l’espèce d’un animal (y compris l’être humain) a un rapport avec ses droits. L’antispécisme refuse de placer l’espèce humaine au-dessus des autres.

Le point culminant de la manifestation a eu lieu place de la République. Des militants ont alors versé du faux sang sur la statue de Marianne, teintant de rouge l’un des symboles de la République française. Un geste qui fait forcément écho à l’action similaire d’Extinction Rebellion en mai dernier.

Connu pour les blocages de Londres ce printemps, Extinction Rebellion a également appelé à la désobéissance civile en France. Le 12 mai, ses membres ont déversé du faux sang sur les marches du Trocadéro. Ils protestaient notamment contre l’extinction de masse et le déclin de la biodiversité. Six militants avaient alors été placés en garde à vue, et samedi aussi, une dizaine de manifestants ont été interpellés par les forces de l’ordre.

trocadéro faux sang
© News 24

Parallèlement, les actes de vandalisme se multiplient. Les mouvements comme Extinction Rebellion appellent à la désobéissance civile non violente, mais cela n’empêche pas les dérapages. Des militants de L214 ont notamment été arrêtés pour des dégradations dans des élevages et des antispécistes ont été condamnés à six mois de prison mardi dernier après l’agression d’un boucher.

Ce type d’actions a induit de nombreuses critiques à l’encontre des mouvements antispécistes et animalistes. Pour Sébastian Arsac, il est surtout question de marquer les esprits. Au sujet des actions radicales, il déclare : « Ce n’est pas notre façon de faire, mais c’est le jeu ». Pour frapper fort, la Marche Rouge a également diffusé des sons d’animaux à l’agonie, enregistrés dans des abattoirs.

C’est vrai : à force de temps, la cause animal devient un enjeu politique et social. A Paris par exemple, les affiches antispécistes fleurissent sur les murs du métro. Mais les chiffres ne mentent pas. 2,2% des voix, cela fait peu. La révolution de la condition animale a encore du chemin à faire. Un chemin qui  a pour le moment du mal à éviter les écueils de la violence et risque fort de continuer à passer par le tribunal.

Sources :

  • https://www.lesinrocks.com/2019/06/08/actualite/societe/assez-de-sang-verse-l214-defile-pour-la-fermeture-des-abattoirs/
  • https://www.ouest-france.fr/ile-de-france/paris-75000/une-manifestation-paris-contre-la-maltraitance-animale-demande-la-fermeture-des-abattoirs-6388742

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