Faire bouger les lignes #1: La fin des sacs plastiques, les pétitions ont changé les choses

 

Plus d’un million de signatures pour l’abandon de la loi travail, presque 200 000 pour le retour à l’ancienne formule du Levothyrox, et plus de trois millions contre le traité transatlantique Tafta/TTIP… Dans le contexte actuel, force est de constater que parapher en quelques secondes un formulaire sur Internet ne fait toujours avancer les choses, et pourtant… Certains changements majeurs, notamment sur le plan écologique, n’auraient jamais vu le jour sans la mobilisation citoyenne et les millions de signatures qui en découlent. C’est notamment le cas des sacs plastiques.

Pour peu que vous en ayez signé une seule un jour sur Change.org, vous voyez votre boîte mail régulièrement approvisionnée de demandes du style “Stop au gaspillage alimentaire”, “Dites non à la baisse des APL”, “Appel au Maire : non à la fermeture de la crèche”, etc. Des causes nobles pour la plupart, et qu’il faut bien défendre. Mais en lisant ces mails, on ne peut s’empêcher de s’interroger : est-ce que cela sert réellement  à quelque chose ? Le retrait des sacs en plastiques de la grande distribution adopté en 2016 prouve que oui, du moins dans certains cas.

 

Cachez ce sac que je ne saurais voir

Ils asphyxient les mers, participent à la création de « continents de plastique », et mettent en danger de nombreuses espèces marines, tout cela pour une utilisation moyenne de… 20 mn environ. Au total, ce sont près de 5 milliards de sacs de caisse à usage unique, et plus de 12 milliards d’autres, dits « fruits et légumes », qui sont encore distribués chaque année en France. Imaginez un peu l’impact au niveau mondial… “La planète ne peut pas continuer à digérer 1000 milliards de sacs plastiques par an” affirme Charles Kloboukof, fondateur d’une entreprise spécialisée dans les produits bio, basée à la Rochelle, et créateur d’une pétition visant à l’interdiction de la distribution des sacs plastiques jetables.

Que dit la loi aujourd’hui sur les sacs en plastiques ?

Le verdict est tombé : l’été 2016 a sonné le glas des sacs plastiques. Dès le premier juillet, les sacs plastiques jetables disparaîtront des grandes surfaces, commerces de proximité, étals de marchés, pharmacies, magasins de produits surgelés… Le décret du ministère de l’Environnement est formel : tous les sacs distribués aux caisses devront être réutilisables pour éviter que les océans se transforment en mers de plastique. Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour la biodiversité. Mais pour nos courses alors, comment ferons-nous ? Quelles solutions sont proposées aux Français pour “faire le plein” et le rapporter à la maison ?

Les alternatives au sac plastique

Les sacs en papier

Les habitué(e)s des courses au marché et marchands de primeurs connaissant bien ces petits sachets bruns aux bords en dents de scie. Grand classique, le sac en papier pourra facilement trouver sa place commerçants. Plus durable que le sac en plastique, la version papier a pourtant une faiblesse : elle résiste mal à l’eau. Une fois trempé, le sac est bon à jeter. Il reste cependant une bonne alternative pour les fruits et les légumes, à condition de bien penser à le jeter dans la poubelle jaune afin qu’il puisse rejoindre le circuit de recyclage du papier.

  • Avantage : ils sont distribués gratuitement.
  • Inconvénient : ils prennent l’eau et se déchirent.
Le tote bag

On ne présente plus le célèbre tote-bag (de l’anglais « to tote” : trimballer) le nouveau roi des courses. Personnalisable à souhait, l’origine de ce sac en toile léger à deux anses, porté en bandoulière, remonte au début du XXe : les postiers britanniques et les crieurs de journaux les utilisaient pour transporter leur courrier. C’est à Berlin, au début des années 2000, qu’il apparaît dans les supermarchés comme alternative au sac plastique jetable. Il n’en fallait pas moins aux créateurs et aux marques du monde entier pour se jeter sur le concept et l’adopter comme mode de communication visuelle (en imprimant une marque ou un logo dessus par exemple).

  • Avantage : certains modèles sont très design. Ils peuvent servir à d’autres usages.
  • Inconvénient : ça fait bobo
Le sac biosourcé

On appelle “biosourcé” tout ce qui est fabriqué à partir de matières biologiques, type amidon de pomme de terre ou de maïs. Vous avez bien compris : le contenu de votre frigo peut aussi servir à fabriquer des sacs pour transporter vos courses (c’est la quintessence même du recyclage). Ce type de sac va désormais remplacer les sacs en plastiques jetables dans les supermarchés pour tous les produits frais : fruits et légumes, viande, poisson et fromage.

Bonne nouvelle pour l’économie nationale : les sacs en plastiques made in China étant interdits de séjour, les industriels français peuvent espérer bénéficier du décret gouvernemental pour reprendre la main sur la production de sacs biosourcés. Ils pourront être compostés à la maison ou dans un circuit de collecte des biodéchets. Une façon de réduire la dépendance à la résine plastique en provenance du Moyen-Orient.

  • Avantage : ils sont vendus en caisse
  • Inconvénient : ils sont vendus en caisse

Un continent à la dérive

Si l’annonce de l’interdiction des sacs plastique dans les grandes surfaces est incontestablement une victoire pour l’écologie, en matière d’impact, le mal est fait. Nous avons tous en tête l’image de tortues étouffées par les sacs plastiques, et ce n’est que la partie immergée de l’iceberg, ou plutôt du 7e continent, comme on l’appelle. Cette expression teintée d’ironie désigne les cinq zones qui forment les “îles des déchets”, composées de détritus, dont beaucoup sont plastiques.

Le phénomène est tel que le “continent de plastique” a fait l’objet d’une demande officielle de la part de l’ONG Plastic Oceans Foundation en association avec le site britannique LadBible (spécialisé dans les réseaux sociaux), pour être reconnu comme le 196e pays officiel dans le monde. Une façon sulfureuse de sensibiliser l’opinion publique. La pétition a été signée 100 000 fois.

Continent-poubelle, îles des déchets, vortex ou septième continent, ces zones très polluées sont de véritables plaques de déchets à la dérive. En fait de plaques, il s’agirait plutôt de “soupes”. Les courants marins et la rotation de la Terre accumulent ces déchets qui ont formé un océan de plastique, et une catastrophe écologique sans précédent. On estime qu’environ 1 million d’oiseau meurent chaque année en absorbant ces déchets, et que 100 000 mammifères marins meurent chaque année de l’ingestion de plastiques.

Comme un goût de polyéthylène dans la chaîne alimentaire

Un problème pour les animaux, mais aussi pour l’homme. D’une part parce que les poissons qui mangent des sacs plastiques sont ensuite mangés par l’homme. La chaîne alimentaire est donc polluée du début à la fin. D’autre part, si visuellement, le constat est alarmant, c’est la pollution microscopique qui est la plus inquiétante. Tout ce qui vient du traitement des sols, des métaux lourds, des microbes etc rentre dans la chaîne alimentaire, en commençant par le plancton, la principale nourriture des poissons.

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( update 15 janvier, 2018 )