Faire bouger les lignes #4 : La « ferme usine » des 1000 vaches

La ferme des 1000 vaches, où en sommes nous aujourd’hui?

 

En 2014,  le premier élevage industriel et intensif de bovins laitiers voit le jour en France. La fameuse “fermes des milles vaches”, en référence au nombre de bovins présents au sein de cette installation a vu le jour dans le département de la Somme près de la petite ville d’Abbeville. Ce projet largement contesté, notamment sur la question de la traite animale et celle de l’impact environnemental a maintenant trois ans, l’occasion d’aller voir un peu ce que ça donne.

C’est quoi exactement une ferme des milles vaches ?

 

La ferme des 1000 vaches, c’est donc cette étable géante, ressemblant plus à un entrepôt géant qu’à une véritable ferme, remplie de vaches et autre bovins producteurs de laits. Situé en Hauts de France, cet élevage hors sol (c’est à dire dans des bâtiments prévus à cet effet et non dans des prés, à l’air libre) est conçu pour pouvoir accueillir jusqu’à 1250 bovins (500 vaches laitières et 750 veaux et génisses, pour la relève) soit beaucoup plus que les élevages traditionnels tels qu’il en existe dans l’Hexagone, les troupeaux les plus importants ne dépassant pas habituellement 350 têtes.

Outre son nombre impressionnant d’occupants, la particularité de cette infrastructure réside dans l’installation, simultanée à construction de la ferme, d’un méthaniseur considéré comme l’un des plus puissants dans tout le secteur agricole. Celui-ci est installé à proximité de l’élevage pour transformer les déchets produits en énergie. Cet appareil, également nommé digesteur, recueille les résidus de céréales servant à nourrir les bovins, mais également le lisier et le fumier et libère en échange du méthane. L’énergie produite sert ensuite à alimenter une générateur d’électricité, énergie ensuite rachetée par le fournisseur d’énergie EDF.

 

Un impact réel sur l’environnement

Si ce fameux digesteur, créateur d’énergie devait faire figure de caution éco-responsable au projet, le moins que l’on puisse dire c’est que cela n’a pas marché. Et pour cause, entre des allers-et venus incessants (et polluants) de camions à la Ferme pour amener des animaux ou l’ensemble du matériel à l’élevage, et la cuve du méthaniseur accusée de rejeter des résidus organiques chargés d’azote, l’installation aura produit beaucoup de lait certes, mais aussi beaucoup de pollution.  En effet selon les responsables de l’association Novissen, montée au créneau pour s’opposer au projet dès sa création, les résidus d’azote résultant de cette production de méthane pourraient détériorer les nappes phréatiques aux alentours et avec la qualité de vie des habitants. Si le préfet de la région a reconnu l’effet positif sur l’environnement notamment en ce qui concerne la production de gaz à effet de serre, ce n’est pas l’avis de tous et là encore les associations de l’environnement s’indignent. Selon eux, du fait d’une concentration extrême de bovins au mètre carré, le risque d’épidémie serait également largement augmenté.

 

 

Un projet qui fait polémique concernant les conditions d’élevage

 

Exploitation inspirée des gigantesques infrastructures d’élevage allemandes, la ferme des mille vaches va naturellement à l’opposé d’un modèle français d’élevage plus traditionnel et familial. Pour vous donner une idée, au début des années 2010, une exploitation moyenne en France ne dépassait pas les cinquante bovins. Les animaux sont en effet parqués les uns à côté des autres et ne dispose d’aucun rapport avec le monde extérieur. On leur apporte la nourriture directement sur place, en l’occurrence de l’ensilage de maïs, des compléments minéraux et du soja, ainsi que du foin et de la paille.  Les vaches sont traites trois fois par jour,quitte à augmenter leur stress et leur fatigue,  afin d’éviter que les pis soient trop remplis, car à ce moment là, l’organisme bovin arrête de produire du lait. Il faut donc sans arrêt vider les pis pour pousser les vaches à produire toujours plus de lait.

Ce problème de la maltraitance animale est certainement ce qui émeut le plus les associations, surtout que le nombre de vaches parquées dans ces enclos semble avoir largement augmenté ces dernières années. D’anciens employés mécontents ont notamment rapporté avoir compté jusqu’à 763 vaches dans la ferme, alors que Michel Ramery, fondateur de la ferme, réfutait cette hypothèse avant sa mort à l’été 2016. Une enquête a même été ouverte à ce sujet, une inspection ayant en effet constaté un nombre trop important d’animaux.

 

Des sanctions en prévisions

 

Pour l’instant, le moins que l’on puisse dire est que la ferme aux 1000 vaches s’en sort plutôt bien. Si le préfet de la Somme avait ordonné au 28 août 2015, la mise en place d’une amende administrative et d’une astreinte journalière, finalement rejetée par le tribunal administratif de la Somme. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire , a fait appel de cette décision devant la Cour administrative d’appel de Douai le 30 août 2017, montrant une volonté gouvernementale de sanctionner en partie l’infrastructure.

Après la ferme des 1000 vaches, celle des 4000 veaux ?

 

La polémique et les contestations autour de la ferme des 1000 vaches n’empêche pas certains éleveurs (et investisseurs) de voir en ce projet une formidable rente. En témoigne l’ouverture prochaine d’une bâtiment agricole du côté de Digoin (Saône-et-Loire) pouvant accueillir jusqu’à 3910 jeunes bovins (plus tout à fait veaux mais pas pour autant encore de véritables taureaux) qui pourraient être parqués à leur tour dans ce grand hangar de 8000 m2. De quoi raviver très certainement la colère des associations de défense des animaux très prochainement, même si cette installation n’aura cette fois pas pour but de produire du lait et du méthane mais uniquement de stocker les animaux pendant plusieurs semaines avant leur exportation à l’étranger par camion ou par bateau. Une activité qui ira  cette fois encore dans le sens d’un profit économique plus que dans celui d’une véritable démarche éco-responsable. L’élevage bovin hors-sol, la “vache à lait” de certains entrepreneurs, a donc encore de beaux jours devant lui.

Commentaires

En savoir plus sur notre politique de contrôle, traitement et publication des avis : cliquez ici