La COP24 tourne au charbon !

Résumé: La COP24 a démarré le 2 décembre 2018 à Katowice en Pologne. Située à 4 heures de route de la capitale Varsovie, la ville accueille en cette fin d’année 2018, plus de 190 chefs d’Etats pour discuter d’une transition écologique juste. Un plan d’action concrètes est attendu. Les plans sur la comète et autres perspectives de « si on fait cela, alors… » sont bannis des discussions. Les COP se suivent (Conferences of Parties en anglais) et pour beaucoup se ressemblent. Frappantes d’inefficacité, elles laissent souvent un goût amer pour les défenseurs de l’écologie et tout simplement pour tous ceux qui voient l’intérêt environnemental global avant la valorisation d’intérêts nationaux ou pire encore les intérêts d’entreprises privées qui mettent en avant un climat-sceptiscime agaçant face à l’état du Monde en 2018.  

Depuis deux décennies, la fin de l’année est rythmée par les discussions des COP, connues sous le nom de Conférence des Etats Signataires. Le départ avait été amorcé en 1979 et la première conférence mondiale sur le Climat à Genève. Les sommets de la Terre ont ensuite pris le relais, notamment le plus marquant et retentissant, le troisième à avoir eu lieu: le sommet de Rio de Janeiro. Du sommet de Rio en 1992 est née la Convention sur la diversité biologique, un des premiers traités en faveur de la biodiversité et de l’environnement. Entrée en vigueur en décembre 1993 et signée par 168 pays, la Convention prône :

  • la conservation de la biodiversité
  • l’utilisation durable de ses éléments
  • le partage juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources

En 2018 et à l’occasion de l’ouverture de la COP24, repenser à ses objectifs et indications pour la préservation de l’environnement amène à penser que ce qui a été couché sur le papier n’est resté que pure théorie.
Avoir l’impression de donner des coups d’épée dans l’eau peut être la sensation ressentie face à l’inertie des plus grandes institutions. Le message véhiculé par l’organisation de la COP24 en Pologne n’est pas annonciateur de changement. C’est une image aux contours noirs de suie qui se dessine au fur et à mesure des premiers débats de la COP24.

Un mouton noir en Europe

En termes de production de charbon, la Pologne est et reste la mauvaise élève de l’Europe et parmi les pays les plus producteurs de charbon au monde. Elle se place au premier rang européen pour la production et ses réserves représentent 2,5% des réserves mondiales de charbon.

La polémique a donc raison d’être. Pourquoi organiser l’événement phare de la transition énergétique dans un des pays européens les plus éloignés des objectifs à atteindre ? Pourquoi le pays « charbon » de l’Europe (juste derrière l’Allemagne) a été sélectionné pour organiser cet événement « vert » ?

Le mix énergétique polonais donne une part belle au charbon avec environ 80% de l’énergie issue du charbon (contre moins de 2% en France, 14% aux Etats-Unis, +/-20% en Allemagne).

Face à ce pays producteur de charbon, les perspectives d’un plan « vert » d’actions concrètes peuvent être difficile à imaginer. L’un des principaux producteurs de charbon en Europe est le groupe polonais JWS SA, c’est également l’un des plus importants partenaires de la COP24. Pour beaucoup, la COP24 est une stratégie de greenwashing pour ce groupe qui noircit l’Europe et se présente comme un allié de la transition écologique et un « leader pro-écologique » selon Daniel Ozon, président du Conseil d’Administration.

De la COP23 à la COP24: rayer le charbon de la carte

Utilisé depuis le XIème siècle comme combustible, le charbon est depuis des décennies pointé du doigt, notamment par les scientifiques du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat). S’il a été à l’origine de nombreuses évolutions et d’une révolution industrielle, il est aujourd’hui l’une des sources d’énergie les plus polluantes au monde. Pour respecter l’objectif de 2 degrés de la hausse de la température sur le globe et donc limiter le réchauffement climatique, le charbon doit être banni. Les scientifiques sont déjà extrêmement pessimistes, notamment car l’Asie maintient son utilisation du charbon et va même plus loin dans certains pays en augmentant le recours au charbon comme source d’énergie.

La COP24 a lieu aujourd’hui dans le bassin minier de la Silésie, loin d’être le seul point de collecte de charbon en Europe et dans le Monde. Le charbon, issu de la décomposition de matières végétales, est présent sur tous les continents. S’il est partout, il n’en est pas pour autant bon marché. Son coût d’accès et de récolte est peu élevé mais il est en revanche peu rentable.

Le charbon est aujourd’hui bien moins rentable que le solaire ou l’éolien. Ces deux derniers se développent chaque jour un peu plus et les prix de gros permettent d’avoir des installations à très bas prix et à rentabilité élevée.

A quand la fin du charbon ?

Certains analystes et scientifiques espèrent cette fin d’utilisation ou a minima une baisse de 70% d’ici à 2030. Ce minerai est le plus émetteur en gaz à effet de serre et doit être le premier à qui les gouvernements et institutions disent un grand STOP ! Si les scientifiques espèrent en voir la fin, les voyants sont au rouge, au cramoisi ! L’Agence Internationale de l’Energie (IAE) estime que la fin de l’utilisation du charbon pourrait arriver après 2070, selon la croissance de la production. Les ressources ne sont pas épuisées et il est possible de miner encore un long moment. Elles sont estimées à plus de 800 milliards de tonnes, réparties dans 70 pays. Certains pays d’Asie et les Etats-Unis se sentent aujourd’hui peu concernées par l’arrêt de l’utilisation du charbon comme source d’énergie. L’Inde est aujourd’hui le troisième producteur mondial de charbon et y fait appel pour produire 70% de son électricité. La Chine, quant à elle, est le 1er producteur et le 1er importateur. Le pays cumule plus de 13 000 mines.

En plus d’un risque environnemental que le charbon fait courir à la planète, c’est un risque sanitaire que coure chacun des mineurs travaillant dans les mines. Selon les pays, les règles et la rigueur pour les équipements ne sont pas les mêmes et quoiqu’il en soit, le risque pour la santé est toujours présent. Le risque d’éboulement et le risque d’inhalation toxique sont les principales raisons de la dangerosité de l’extraction de cette matière. Les mesures de sécurité sont extrêmement élevées en Union européenne, notamment en Silésie où se déroule la COP24. Loin du risque zéro, cette énergie pollue air pour le quotidien des travailleurs et participe à l’échelle mondiale au réchauffement climatique en tant qu’acteur principal !