Le lichen d’Islande, plante miracle ?

Dans un pays pas si lointain, où les cendres volcaniques nous parviennent comme des richesses d’un autre temps, entre deux sentiers se trouve une plante. Magique, sans doute ? Écologique, à coup sûr. Voici l’histoire d’un végétal surprenant dont les qualités commencent à parvenir aux oreilles les plus lointaines, et entre les mains des plus curieux pour apporter de nouveaux prodiges un peu plus près de soi.

Cetraria Islandica pour les plus savants, fjallagrös en islandais, le lichen d’Islande vient d’un pays où les montagnes, les forêts et la glace cohabitent sous les exigences naturelles les plus rudes. Bien connue pour ses propriétés médicinales, avec sa richesse en calcium, iodine, potassium, phosphore et vitamines ‘fjalli’ donne un goût amer aux aventuriers qui tenteraient d’en assaisonner leurs plats, au plus grand plaisir des consommateurs d’algues.

A force de rendre des services aux passants qui croisaient son chemin, cette plante a commencé à s’installer chez chacun. Sa force? Une protection contre le froid des contrées qui l’ont façonnée. Des passants affamés ont trouvé quelque répit dans cette plante. Des soldats face à leurs blessures qui ne se fermaient pas se tournèrent aussi vers elle, et les fiévreux s’apaisaient à son contact. Qualités bien trop nombreuses pour être réelles diraient les plus suspicieux, et pourtant, à force de patience, cette herbe utilisée comme remède naturel pour de nombreux maux du corps, elle commence à dévoiler son utilité pour d’autres mécaniques, comme les moyens de transport.

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La route du futur pavée par le passé

Après avoir fait quelques pas chez elle, voilà la Cetraria Islandica qui commence à rouler vers nous ! La start-up Sono Motors commence déjà à bien changer le genre d’images qui vient à l’esprit quand on parle d’énergies renouvelables. Le prototype de voiture Sion sert de premier pinceau pour montrer au monde qu’une voiture, peut, comme une plante se nourrir de soleil, et même ressembler à un organisme vivant, à l’extérieur comme à l’intérieur.

En décidant cette fois d’utiliser d’autres couleurs que les constructeurs automobiles classiques qui décident de faire ressembler les véhicules écologiques aux transports classiques, la Sion arbore fièrement sa tôle de polycarbonate faite d’une multitude de cellules photovoltaïques. Chacune des cellules se déploie comme une plante au soleil : l’énergie qu’elle collecte génère près de 19 kilomètres en se basant uniquement sur l’énergie solaire.

Pourtant, cela n’est en rien comparable avec les choix faits pour donner un intérieur unique : la transmission traditionnelle n’a pas été parmi les sources d’inspirations lors de la conception. L’espace dégagé permet de placer trois sièges à l’arrière et trois à l’avant. Alors, où est donc passé notre végétal islandais, entre deux sièges peut-être? Presque. Détail final de la Sion, tout comme les utilisateurs de la plante le faisaient déjà des siècles auparavant, les constructeurs allemands ont décidé d’utiliser la mousse islandaise naturellement présente sur leur sol pour agir comme filtre naturel et purificateur ambiant.

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La plante s’alimente de l’eau présente dans l’air de la voiture pour réguler le taux d’humidité et maintenir une température stable. Plutôt pas mal venant de la part d’un bout de verdure utilisé pour traiter des rhumes, fièvres, toux et bronchites grâce à ses vertus désinfectantes. En effet, son principe antibiotique permet, entre autre, de combattre la bacille de Koch (tuberculose), car les acides amers contiennent des propriétés antibactériennes, notamment pour les infections intestinales. N’étant pas absorbés, les principes restent en contact prolongé avec les microbes indésirables qui restent dans les intestins, d’où leur efficacité.

Froid et dépenses aux trousses ? Faites confiance à la mousse

Ce n’est pourtant pas première fois que la Cetraria Islandica donne à voir ses surprenantes propriétés. Pour un produit encore vendu comme denrée aux touristes sur une image de lande aride et maisons chaleureuses, il n’en faut pas plus pour pousser l’image un peu plus loin et rappeler ses utilisations. Durable et économe, battue par les saisons, l’activité géologique et les vents instables ont façonné la fjallagrös pour donner quelque chose d’aussi beau que précieux aux maisons qu’elle a conquis en Islande.

Quel genre de terre peut bien accorder autant de vertus à une seule et unique plante? Peu d’endroits sur la planète possèdent un sous-sol aussi naturellement chaud qu’en Islande. Cette particularité tient dans la jointure des plaques tectoniques européennes et nord-américaines en mouvement perpétuel. Là où les possibilités de chauffer son antre sont limitées, les islandais ont pendant longtemps utilisé ce que la nature a accompagné à la chaleur terrestre naturelle.

La parfois mal nommée Islande et l’activité volcanique presque constante qu’elle dissimule a bien fait feu de tout bois. Lorsque le bois vint bien à manquer sur l’île restée longtemps isolée, chacun a commencé à se tourner vers ce qui se trouvait en abondance, en se penchant légèrement sur le matelas naturel qui se trouvait à leurs pieds : le lichen. Principal isolant des habitations de générations entières, les maisons torfbæir qui utilisent cette ressource naturelle, associée à la tourbe ou à d’autres algues, sont loin d’être les cloîtres humides et sclérosées de vermine que pourrait imaginer un lecteur moderne.

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Le concept de la chaleur si facilement accessible à notre époque peut difficilement s’apprécier lorsque l’idée de faire face à un froid réel et permanent doit se faire. Pourtant, face aux dépenses énergétiques nécessaires pour disposer d’une température confortable chez soi, porter un tel bouclier naturel revient à apporter un espoir supplémentaire face au vieux combat contre les rudesses de la nature, et le nouveau, de son épuisement en ressources.

Après tous ces émois, pourquoi pas un repas ?

En plus de son utilisation énergétique rudimentaire, de ses principes antibiotiques, antiseptiques et amers qui ont été isolés, encore bien d’autres talents fructifient à l’abri de leur thalle grisâtre. La fjallagrös sert à la teinture végétale depuis des siècles car ses pigments sont résistants à la lumière et à l’eau et donnent une teinture brune ou de nuances variées encore utilisée par de nombreux tisserands. Tous les peuples des pays scandinaves savent qu’ils peuvent compter sur cette plante en cas de nécessité, et bien plus d’une fois elle a fait la différence entre la vie et la mort en temps de disette.

Le lichen d’Islande se récolte tous les trois ans au même endroit, d’abord lavé, séché et réduit en poudre pour enlever son amertume, cette forme peut servir de base pour le pain. Des quantités considérables ont été autrefois utilisées pour la préparation des biscuits de marine, pensant que le pain préparé à base de cette poudre était moins sujet aux charançons que celui fait avec de la farine de blé. Pour les plus aventuriers, voici une vidéo en anglais sur la préparation de cette plante que vous pouvez directement collecter dans la nature.

Pour vous donner une idée de son apparence :

Ainsi, d’une plante que l’on peut facilement consommer en soupe, en gelée ou désinfectant naturel, son chemin se fait depuis une utilisation rudimentaire, une architecture vernaculaire, pour maintenant devenir associée à un transport énergétique moderne basé sur des ressources renouvelables : il est temps de faire une place à ce végétal associant bienfaits, efficacité et simplicité. Pourquoi pas sur le siège arrière de votre voiture?

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