Le paradoxe de la transition énergétique

Qu’est-ce que la transition énergétique ?  

La transition écologique désigne le passage à un nouveau modèle économique et social, qui permettra à la France de lutter contre le changement climatique en s’inscrivant dans une démarche de développement durable.

La transition énergétique est l’un de ses pans les plus importants. Elle désigne les changements effectués dans les systèmes de production, qui doivent être optimisés et tournés vers les énergies renouvelables, et dans la consommation d’énergie, qui doit être raisonnable.

Les objectifs de la transition énergétique sont clairs : faire évoluer la France vers un modèle énergétique vert et durable, ainsi que réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

La transition énergétique est un passage obligatoire afin de passer de notre mode de consommation actuel à un mode de consommation durable.

Le paradoxe

La transition énergétique est sur toutes les lèvres. Mais pour autant, elle n’est pas si évidente à mettre en place. Nos usages ont évolué avec l’apparition et la démocratisation du numérique. Il s’agit de l’une des activités les plus énergivores : 10 % de la consommation d’électricité mondiale en provient ! Et ce chiffre n’est pas près de baisser, la consommation étant toujours plus importante. Les écrans sont de plus en plus grands, disposent de plus de fonctionnalités, d’applications et consomment donc plus d’énergie, les contenus sont toujours plus nombreux, les données stockées toujours plus conséquentes…

Anne-Cécile Orgerie, chargée de recherches au CNRS (Centre National de Recherche Scientifique), met en exergue que “réduire la consommation des voitures n’a pas permis d’utiliser moins d’essence, elle a juste permis aux automobilistes de faire plus de kilomètres”.

Il en va de même pour tous les autres domaines : les performances technologiques nous font augmenter notre consommation au lieu de la réguler ! Plus un appareil est performant, plus nous lui en demandons.

La consommation du numérique se répartit de cette façon :  30 % sont utilisés par les équipements de type smartphone et ordinateurs ; 30 % par les data centers et 40 % par les réseaux.

A qui la faute ? Personne en particulier, car tout le monde est fautif : les industriels qui programment l’obsolescence, les particuliers qui ne se soucient pas de ces questions de consommation, les producteurs de contenus qui incitent à rester plus longtemps sur nos appareils électroniques et récoltent des données (dont ils ne savent même pas quoi faire ensuite !). La collectivité porte la responsabilité de cette consommation !

Une idée émerge depuis quelques années : et s’il était possible d’utiliser le numérique pour faire des économies ?

Les applications et sites internet censés aider à réaliser des économies d’énergies se multiplient. Mais elles participent activement à la pollution et à la dégradation de l’environnement ! En effet, le numérique représente 10 % de la part d’électricité consommée dans le monde.

Une lueur d’espoir

Mais malgré la consommation énergétique du numérique, ce dernier n’est peut-être pas incompatible avec l’écologie. En effet le Livre Blanc “Numérique et Environnement”, réalisé conjointement par l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI), la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING), WWF France, GreenIT et le Conseil national du Numérique (CNNum), part du principe que le numérique n’est ni bon ni mauvais et que ses effets dépendent de l’utilisation que nous en faisons. Il est donc tout à fait possible d’utiliser le numérique afin de réduire les émissions ! C’est l’affaire de chacun.

Il existe d’ailleurs deux concepts pour un service numérique vert : le IT for Green et le Green IT.

> IT for Green

It for Green désigne un équipement informatique utilisé pour réduire l’empreinte écologique d’un service ou d’un produit.

> Green IT

Green IT désigne un équipement informatique conçu de façon à avoir une empreinte écologique moindre. C’est donc une de ses qualités intrinsèques.

Il est donc possible de créer des appareils avec un moindre coût énergétique (même si les appareils électroniques requièrent des métaux rares et coûteux en énergie), ou qui peuvent aider à réduire la consommation. Notamment par des solutions d’optimisation, par exemple en adaptant l’éclairage public en fonction du passage, en détectant les fuites d’eau ou de gaz… les possibilités sont énormes !

Le livre Blanc propose un plan en quatre étapes pour mêler numérique et écologie :

 

  • Réduire l’empreinte écologique du numérique

 

Le numérique nécessite de très importantes quantités de ressources, contrairement à ce que l’on pourrait croire (production des appareils, énergie pour fonctionner, pollution en fin de vie…). L’urgence est avant tout de réduire la consommation d’énergie de ce secteur. Car si l’IT for Green est très important, le Green IT doit être ciblé en premier. Le premier chantier sera la durée de vie des appareils qui n’a cessé de baisser.

Le saviez-vous ?

En vingt ans, la durée de vie moyenne d’un ordinateur est passé de 11 à 4 ans !

Priorité donc à l’allongement de la durée de vie de nos appareils électroniques, à leur réemploi, reconditionnement et recyclage !

Des pistes sont également proposées aux pouvoirs publics, afin qu’eux aussi puissent réduire l’empreinte du numérique : allonger la durée de garantie des appareils électroniques, axer leur politique publique sur la réparation et le réemplois des appareils,  identifier les freins à la loi contre l’obsolescence programmée, rendre obligatoire un bilan du Green IT dans les rapports des entreprises…

 

  • Utiliser le numérique pour mieux concevoir les politiques écologiques

 

Il est nécessaire d’impliquer les citoyens dans les démarches : c’est le courant du “civil tech”. Le but est d’encourager le débat public grâce au numérique, afin d’élaborer une politique publique de transition. Il s’agit ici de mobiliser les différentes parties prenantes, comme les particuliers ou les entreprises afin de ne plus limiter les champs d’action au domaine public.

Il faut rapprocher les acteurs des domaines du numérique et de l’écologie, qui ont pour l’instant très éloignés, et leur montrer qu’il est possible d’allier ces deux domaines.

 

  • Soutenir l’innovation numérique en faveur de l’écologie

 

Des dispositions sont prises afin de soutenir l’innovation numérique : la French Tech, les incubateurs de start-ups… Il faut leur associer des objectifs écologiques ! Sur le modèle de la Green Tech Verte – initiée par le Ministère de la Transition écologique et solidaire et qui a pour objectif de lier technologie et écologie. Les questions d’ordre écologiques ne sont abordées que de façon superficielle, il va falloir approfondir cela, et mettre en place des KPI (Key Performance Indicator) afin de mesurer l’impact des mesures mises en place.

 

  • Mobiliser le potentiel des données au service de la transition écologique

 

Les données sont aujourd’hui omniprésentes dans nos vies, et constituent des enjeux de premier ordre. Elles peuvent contribuer à la mise en oeuvre d’une stratégie écologique : récupérations de données sur la faune et la flore, sur les bâtiments propices à l’installation d’équipement de production d’énergies renouvelables, sur les pistes cyclables existantes… Le nombre incroyable de données récoltées à tous les niveaux (particuliers, professionnels, service public…) peut être utilisé à bon escient. Il est donc crucial de donner accès à ces données, qui sont actuellement le plus souvent inaccessibles (privées et/ou payantes) des acteurs qui en ont besoin pour développer des solutions vertes.

Ces données représentent donc un véritable enjeu, qui donne un pouvoir certain à celui qui les possède. Le livre blanc propose donc aux pouvoirs publics de mettre à disposition une base de données accessible à tous, afin que les acteurs du numérique puissent y consulter leur impact environnemental.

 

Nous pouvons donc en conclure que malgré le fait que le numérique soit un domaine très énergivore et polluant, il est possible de lui faire faire un virage à 180°, pour l’utiliser comme instrument de la transition écologique et énergétique.

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