Grand Paris de l’Energie #1 : rencontre avec la Ressourcerie créative aux Grands Voisins

En passant le portail des Grands Voisins, on a le sentiment qu’un monde nouveau s’ouvre à nous. Le site, qui regroupe aujourd’hui 180 associations différentes, dégage une effervescence et une joie de vivre singulières.

Pour comprendre ce qui anime cet espace de 35 000 m2, nous avons rencontré Sabine, fondatrice de la Ressourcerie Créative, qui nous a reçus dans les locaux de son association et nous en a dit plus sur les origines, les objectifs et les valeurs de son projet.  

Sabine, dans sa boutique des Grands Voisins

Les Grands Voisins sont nés sous l’impulsion d’Aurore, une association d’accueil de personnes en situation d’urgence : en 2011, en attendant l’aboutissement d’un projet de quartier résidentiel, l’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris) accepte de confier la charge de ses locaux désaffectés à l’association pour qu’elle y accueille des personnes en situation de précarité ou d’exclusion. Vite dépassée par des charges astronomiques, Aurore fait appel à deux autres associations pour aménager un véritable espace de partage. C’est ainsi que Yes We Camp et Plateau Urbain se joignent rapidement au projet et aident à concevoir un lieu d’échange, commun à des projets différents.  De 3 à 180 associations, les Grands Voisins ont désormais des airs de village alternatif où tout le monde participe au bien commun. Personnes hébergées, touristes, bénévoles… tout le monde se côtoie au sein du même espace et un Conseil des Voisins a même été mis en place pour tenter d’organiser au mieux cette cohabitation.

C’est en 2015 que Sabine installe son association dans ces locaux du 14ème arrondissement. Alors qu’elle travaille pour une Agence Locale de l’énergie, Sabine découvre le Réseau des Ressourceries et accède à une formation pour apprendre la gestion d’une Ressourcerie. Si son projet initial est d’ouvrir une antenne du réseau en Essonne, elle doit faire face à trop de difficultés administratives qui freinent l’ouverture des locaux. Se présente ensuite l’opportunité de prendre part au projet de l’association Aurore, une proposition que Sabine n’a pas pu refuser.

Le site des Grands Voisins et l’entrée de la boutique de la Ressourcerie Créative

Le principe d’une Ressourcerie est simple : récupérer ce dont les gens ne veulent plus et donner une seconde vie à ces objets. Les objets gardent leur fonction initiale et n’ont pas besoin de suivre un long processus de transformation pour pouvoir avoir une deuxième vie. En réalité, l’action de la Ressourcerie suit la règle des 3R : la réduction des déchets, le réemploi, et le recyclage. Souvent, la créativité des bénévoles est mise à profit pour réenchanter d’anciens objets. La boutique de la Ressourcerie a des airs de vide-grenier et propose absolument tous les objets du quotidien à des prix imbattables. Une pièce est dédiée aux DVD, CD et vinyls, une autre aux vêtements pour enfants… bref, on peut tout trouver à la Ressourcerie. Pas étonnant quand on sait que la quantité d’objets récupérés peut atteindre jusqu’à une tonne par jour auprès 37 000 donateurs particuliers.

 

La particularité de la Ressourcerie Créative réside dans sa proximité avec le centre d’hébergement. Les personnes accueillies ont très vite signifié leur envie de participer au projet et ont prêté main forte en tant que bénévoles. Mais la situation précaire dans laquelle ils se trouvaient a poussé les associations à trouver un moyen de valoriser leur travail. Ensemble, elles ont donc décidé de mettre en place des Tickets Temps, qui récompensent le temps de travail en le transformant en bon d’achats valables dans l’enceinte des Grands Voisins, auprès de toutes les associations. Ainsi, une personne qui consacre une heure à la Ressourcerie, pourra ensuite acheter pour 10€ d’objets. A certains moments, le magasin prend même des airs sympathiques de troc : apporter quelque chose à grignoter permettant de repartir gratuitement avec des objets.

 

Le réseau des ressourceries :
– 31 ressourceries en Ile de France
– 159 ressourceries en France
– 3 079 salariés au total en France
– 30% de la population concernée par leurs actions

 

Finalement, le projet évolue constamment au fil des rencontres et des opportunités qui se présentent. Les collaborations sont nombreuses et viennent donner corps aux ambitions de chacun. Ainsi, la Ressourcerie a pu réaliser un clip grâce à Esprit Sorcier (émission diffusée sur internet, succédant à C’est pas Sorcier) ou encore un défilé de mode en partenariat avec l’association Afrika Tiss. De l’extérieur, cela donne le sentiment qu’il n’existe aucune barrière aux rêves des associations, et que par l’échange, tout est possible.  C’est la mixité permise par le site des Grands Voisins, ce mélange de plein d’acteurs, de potentiels, d’envies et de moyens différents qui crée la richesse nécessaire à la naissance de nouvelles idées.

Aujourd’hui, 6 salariés, 3 services civiques et environ 10 bénévoles travaillent tous les jours dans les locaux de la Ressourcerie. Grâce à des concepts comme Benenova, des missions ponctuelles de bénévolat dans des associations sont ouvertes au public, ce qui permet une interaction et une inclusion encore plus forte.

 

Le projet initial de Sabine de Ressourcerie en Essonne n’a pas été abandonné pour autant, et pourrait voir le jour bientôt. Si cela pourrait faire monter le nombre de Ressourceries Créatives à deux, il faut compter pour cela sur le maintien des Grands Voisins à l’hôpital Saint-Vincent de Paul. En effet, l’AP-HP a malheureusement cédé l’hôpital à la mairie de Paris qui, dans l’optique de réaliser un éco-quartier, devrait fermer le site des Grands Voisins. L’aménageur du site a tout de même lancé un appel à projet qui pourrait permettre à quelques associations de perdurer encore 2 ans sur le site. Le caractère éphémère des Grands Voisins était l’une des composantes du projet, sûrement ce qui a rendu les choses si dynamiques, mais il serait dur pour les associations d’avoir à quitter les lieux.

En cause notamment, les loyers, qui seraient trop élevés dans d’autres locaux. Actuellement, les associations doivent participer aux frais de gestion du site mais la somme est dérisoire à côté de ce qui devrait être investi pour des locaux, au prix du marché parisien. Pour une association comme la Ressourcerie Créative, cela rendrait les choses bien plus compliquées. Lancée à la fois en fonds propres et grâce à des subventions comme l’Aide au démarrage de la région Ile-de-France, l’association ne touche désormais que des subventions de manière ponctuelle, et cela devient de plus en plus rare. Sabine nous explique que les aides de l’Etat sont de plus en plus délivrées dans le cadre d’appels à projet, des cadres administratifs contraignants et rigides, qui ne prennent pas vraiment en compte la réalité du terrain. Avant, présenter son projet à des élus suffisait à se faire accompagner, mais désormais, il faut rentrer dans le cadre des appels à projet et répondre à leurs critères. Particulièrement contraignant, le critère de l’innovation, que la Ressourcerie Créative ne remplit pas, empêche l’association d’obtenir des aides. Néanmoins, le projet de Sabine avait été sélectionné dans le cadre de l’appel à projet Acteur du Paris Durable en 2016, ce qui lui a permis d’avoir accès à un réseau associatif important et à différents outils (mais pas à des aides financières directes).

Aujourd’hui Sabine aimerait être rémunérée en tant que prestataire de service par les taxes sur ordures ménagère, à la tonne ré-employée. Cela lui permettrait de valoriser son travail et de faire vivre son activité sur le long terme.

Le site propose une buvette et sensibilise également sur le sort des abeilles

Autre sujet qui préoccupe l’association : la suppression des emplois aidés. Cette forme de contrat concerne les ⅔ des salariés de l’association, et sans ça, les contrats risquent de peser trop lourd sur les finances. Sabine nous a clairement exposé les raisons de son opposition à cette mesure. Premièrement, l’enjeu est financier : des associations comme la Ressourcerie Créative ne sont pas capables d’assumer des contrats classiques et tirent réellement profit de cette mesure sociale. Ensuite, remplacer les emplois aidés par de la formation ne fait pas sens pour certaines personnes. Sabine emploie par exemple des personnes en deuxième partie de carrière, déjà suffisamment qualifiées, qui n’ont pas besoin de formation. La seule chose dont elles ont besoin est de percevoir un salaire après des mois de chômage et d’entretenir un lien social. Là est le dernier argument de Sabine : selon elle, les emplois aidés permettent de préserver les interactions sociales entre différentes générations, et permettent à ces gens de trouver une utilité et de la satisfaction grâce leur emploi.

Pour lutter contre cette décision du nouveau gouvernement, toutes les Ressourceries d’Ile de France ainsi que d’autres associations ont prévu de se réunir pour organiser un vaste mouvement de protestation pour lutter contre cette “catastrophe”, selon leur slogan : “On ne travaille pas pour l’argent, on en a besoin pour travailler”.

Le lien social revient souvent dans le discours de Sabine, et il fait partie des valeurs de son projet. La solidarité, autre pilier de son initiative, s’enrichit de la mixité des personnes oeuvrant pour l’association. Autre valeur importante aux yeux de la fondatrice : la persévérance. Sans elle, Sabine n’aurait pas pu franchir tous les obstacles qu’elle a connus; “il faut s’accrocher”, nous souffle-t-elle.

 

Pour terminer, nous avons tenté de considérer le projet sous l’angle de l’énergie. Sous-jacent à l’ambition principal des Grands Voisins, l’objectif d’un espace responsable et moins impactant est tout de même présent. Une activité comme celle de la Ressourcerie permet de gigantesques économies d’eau, de matières premières et d’énergie. Cette année, l’association estime que plus de 200 tonnes d’objets pourraient être collectées. Le principe du réemploi étant d’utiliser la même matière première et de ne pas en changer la fonction, il n’y aucun intrant dans le processus de récupération des objets. Ainsi, Sabine pense pouvoir affirmer que son activité n’émet quasiment pas de gaz à effet de serre, d’autant plus qu’il est très rare que les bénévoles utilisent des moyens motorisés pour récupérer les déchets : la plupart du temps, les dons sont faits directement sur le site.  Ainsi, en considérant toutes les dépenses énergétiques évitées par le fait qu’un habit vendu à la Ressourcerie ne nécessite pas la mobilisation des ressources une seconde fois, nous avons pu calculer approximativement les économie réalisées :

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