Comment les pays du Golfe se préparent-ils à la fin du pétrole ?

Les pays pétroliers du Golfe Persique ont hérité de réserves colossales d’hydrocarbures sur lesquelles elles ont fondé leur économie. Mais aujourd’hui les gouvernements dans le monde multiplient les réformes pour diminuer les émissions de CO2, de nouvelles sources d’énergie émergent, et surtout les réserves de pétrole se tarissent.

L’enjeu de ces pays est de taille, comment restructurer aujourd’hui son économie pour être prêt  quand demain le monde abandonnera le pétrole ? Sport, tourisme, culture, technologie, quels sont les moyens mis en oeuvre pour ne plus dépendre de l’or noir ?

Une diversification industrielle

L’histoire prouve que fonder son économie sur une ressource naturelle n’est pas viable à long terme, et les pays du Golfe l’ont bien compris. L’Algérie connaît des troubles sociaux dus à une économie au plus bas, le Venezuela quant à lui est plongé dans une crise politique, économique et sociale. Cependant, les pays du Golfe Persique comptent bien utiliser leur or noir pour financer leur diversification économique.

L’expression “Pays du Golfe” fait référence aux 7 états riverains du Golfe Persique et dont l’économie est aujourd’hui fondée sur une rente pétrolière; à savoir: l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Emirats Arabes Unis (EAU), le Koweït, Oman, l’Irak et le Bahreïn.

La coupe du monde de football au Qatar, le tourisme à Dubaï, le projet NEOM en Arabie Saoudite, les gouvernements sont actifs et investissent à coup de milliards pour ne plus être considérés, à terme, comme seulement des exportateurs de pétrole (et de gaz naturel). C’est en tout cas la volonté de l’Arabie Saoudite avec “Vision 2030” ! Ce plan de développement du pays porté par l’héritier au trône lui-même (imminemment roi) le prince Mohammed Ben Salmane (ou MBS) vise à affranchir le pays de sa rente pétrolière historique. Ce plan est annoncé en 2016 dans un contexte où le prix du baril du pétrole est en chute libre depuis 2008, 90% des recettes budgétaires du pays provenant des recettes du pétrole, les difficultés budgétaires se font sentir.

Le saviez-vous ?

Le prix d’un baril de pétrol (159L) coûtait 120$ en 2014. Il ne coûtait plus que 25$ en février 2016 et 42$ en décembre 2018.

Le plan prévoit notamment de développer les capacités liées aux énergies renouvelables, au secteur minier, ainsi qu’à la production de gaz naturel. Les exportations de produits non pétroliers devraient augmenter de 43 milliards d’euros à 70,4 milliards d’euros à l’horizon 2030. Avec la valorisation de nouveaux secteurs d’activité comme les loisirs ou le numérique, le gouvernement poursuit l’objectif de créer 450 000 emplois dans le secteur privé d’ici 2027. C’est à travers ce plan que des projets fous comme NEOM sont nés. NEOM (neo en latin et le M de Mostaqbal pour futur en arabe) est un projet de ville futuriste en plein milieu du désert dans le Nord-Ouest du pays et qui devrait voir le jour d’ici 2025. Une ville de 25 000 km2 (la superficie de la Bretagne), qui coûterait la bagatelle de 500 milliards de dollars à la construction, et qui serait totalement autonome. La monarchie voudrait en faire une ville à la pointe de la technologie avec au programme: énergies renouvelables, agriculture verticale ou encore livraison par drones.

Cependant les temps sont durs pour les ventes de pétrole. D’après COFACE, les IDE à destination du royaume étaientt à peine de 1.5 milliards de dollars et le déficit budgétaire atteint 17% du PIB. L’Arabie Saoudite doit également faire face à des fuites de capitaux très importantes: 80 milliards en 2017 et 60 milliards de dollards (JP Morgan).

Une diversification tertiaire

La situation est cependant bien différente aux Emirats Arabes Unis (EAU). Le pays opère depuis une vingtaine d’années une diversification volontariste (poussée par l’Etat) expliquant la moindre dépendance des Emirats à une rente pétrolière qui ne représente plus que 30 % du PIB de la confédération.

Le gouvernement développe des filières industrielles porteuses, notamment dans l’aluminium ou le pharmaceutique. La création de la zone franche virtuelle de Fujaïrah facilite l’implantation de sociétés transnationales en leur garantissant une fiscalité très avantageuse. La confédération a utilisé sa manne pétrolière au service d’une stratégie de montée en puissance de ses secteurs tertiaires. Le tourisme s’est développé au rythme des projets urbanistiques avant-gardistes de Dubaï et d’Abu Dhabi. Les Emirats ont investi dans le sport en rachetant le club de football Manchester City ou en créant et subventionnant massivement la compagnie aérienne Fly Emirates. Leur voisin le Qatar a fait du sport un axe complet de développement avec le rachat du PSG, la création d’une chaîne de diffusion (Bein Sport) et la construction d’infrastructures pour accueillir des événements sportifs mondiaux comme la coupe du monde de football en 2022 ou encore les championnats du monde d’athlétisme en 2019.

Une diversification financière

La péninsule du Bahreïn est le précurseur de la finance islamique et veut attirer les entrepreneurs. Ce petit archipel a vu sa manne pétrolière décroître dès les années 1970, actuellement, sa production n’excède pas les 60.000 barils par jour, loin des 11 millions produits par le voisin saoudien. Le secteur pétrolier ne représente que 20 % du PIB du royaume. Le pays fut précurseur dans la finance islamique au Moyen-Orient en devenant le premier pays concevant des produits financiers variés (obligations, contrats d’assurance, placements…) conformes aux lois coraniques. La capitale Manama abrite ainsi les sièges des principaux organismes de régulation de la finance islamique (AAOIFI, CIBAFI, IIFM). L’archipel abrite plus de 400 institutions financières agréées et 2 800 fonds d’investissement, soulignant la puissance de la place financière de Bahreïn. La banque centrale du Bahreïn a ainsi attiré 733 millions de dollars d’IDE en 2017 (source : Le Monde Diplomatique), attestant de l’attractivité du royaume pour les capitaux étrangers.

Le saviez-vous ?

En principe, la finance islamique est fondée sur les principes de la loi islamique et cherche à transmettre une vision de justice, d’équité et de transparence. L’islam interdit les transactions tant civiles que commerciales faisant recours à l’intérêt (ribâ) ou à la spéculation (maysir). La finance pourrait atteindre les 3000 milliards de dollars d’ici 2021.

Fortes de ces réussites, les autorités bahreïnis entendent capitaliser sur le leadership de la place financière de Manama pour moderniser la finance islamique.
Bahreïn surfe également sur une dynamique de création d’entreprises : le nombre d’enregistrements de sociétés commerciales a augmenté de 28% pour le seul exercice 2017.

La singularité du modèle économique bahreïni se double d’un Islam modéré à l’échelle régionale. A titre d’exemple, les femmes y disposent du droit de vote et de la liberté de ne pas porter le voile, et la consommation d’alcool y est libre. Cette situation fait de l’archipel l’arrière-cour touristique des Saoudiens, conférant au tourisme régional (près de 6 millions de visiteurs en 2017) un poids économique remarquable : environ 10% du PIB.

Les baisses brutales du prix du pétrole ont forcé les pays du Golfe à diversifier leur économies pour ne plus dépendre exclusivement de leur rente d’hydrocarbures.

Des villes futuristes, des nouveaux lieux de tourisme, une finance particulière, ces pays investissent massivement pour faire de la vente de l’or noir un lointain souvenir. Pourtant les réserves d’hydrocarbures seront encore disponibles pendant longtemps mais comme l’a rappelé un ex-ministre saoudien pour le nouveau millénaire: “L’Âge de Pierre ne s’est pas terminé parce que nous manquions de pierre”.