Faire bouger les lignes #3 : L’éolien, source de pétitions, oui mais pourquoi ?

Un drôle de vent souffle depuis quelques années sur les projets éoliens à travers la France….

Le Parc éolien de Lanzarote

Le potentiel de la France pour cette source d’énergie renouvelable est pourtant énorme, faisant de l’Hexagone un excellent terrain d’implantation pour ces nouveaux moulins à vent géants. Un constat qui n’est pas du goût de tout le monde, à en croire le nombre croissant de pétitions demandant le retrait des éoliennes de nos paysages, mais pourquoi un tel acharnement ?

Les énergies renouvelables ont pourtant le vent en poupe. Et l’éolien n’est pas en reste. Selon le GWEC (Global Wind Energy Council), la puissance éolienne installée dans le monde au cours de l’année 2016 a atteint 57 000 MW, pour dépasser en mars 2017 le chiffre symbolique de 500 000 MW. En Europe, la France occupe la 4e place du classement de capacité éolienne installée par pays avec 12 000 MW, juste derrière l’Allemagne (50 000 MW), l’Espagne (23 000 MW) et le Royaume-Uni (14 500 MW).

Alors pourquoi, alors que le monde a le regard tourné vers la transition énergétique, l’éolien dérange-t-il autant ?

 

La cause environnementale : fer de lance des anti-éoliens

 

Syndrome « Nimby » (not in my backyard – pas dans mon arrière-cour) selon les uns; “terrorisme intellectuel”, selon les autres, l’éolien dérange. Fait amusant : les défenseurs et les détracteurs de l’éolien se battent au nom du même argument : le respect de l’environnement. Les premiers voient dans la transition énergétique LA solution de lutte contre le réchauffement climatique et les émissions de CO2. Les seconds dénoncent les risques de détérioration que l’implantation massive d’éoliennes causeraient sur les écosystèmes en place.

Perte d’habitats pour les espèces, dérangements, risques pour la faune et la flore locales. Pourtant, d’après certaines associations de défenses des animaux (comme la Ligue de Protection des Oiseaux), la menace représentée par les éoliennes serait bien plus faible que celle générée par l’utilisation massive des carburants fossiles. Avec leur lot de conséquences directes et indirectes sur la mortalité des oiseaux (pollution atmosphérique et changements climatiques), ainsi que d’autres perturbations humaines à l’habitat.

 

La question de la transformation des paysages…

 

Alors, quel est le problème, dans le fond ? Les éoliennes transforment les paysages. Elles dénaturent les décors de carte postale que sont les vallées, les prairies et le littoral français. Elles sont laides, sources de bruit, elles dénaturent les sites français et propageraient des infrasons et des ondes. Elles mettent à mal les particuliers partis chercher le calme de la nature pour leur résidence secondaire. Sans compter le fait que l’État n’a consulté personne pour venir planter ces moulins à vents géants dans le décor. Un problème qui impacte l’industrie du tourisme, mais aussi le secteur immobilier. Autant de raisons pour les anti-éoliens, qui selon eux justifient le fait de ne pas vouloir de cette industrie aux portes de leurs maisons…

 

… et de la baisse d’estimations des biens immobiliers

 

C’est sans doute l’inquiétude la plus vive exprimée par les anti-éoliens. La proximité d’avec les éoliennes aurait des répercussions sur la valeur immobilière de leurs maisons. Certes, il existe de nombreux paramètres qui influent sur la valeur d’un bien immobilier. Certains sont objectifs, d’autres moins, comme par exemple la question du voisinage, ergo la présence potentielle ou effective d’un parc éolien.

La proximité des grands moulins blancs fait-elle baisser la valeur immobilière des logements à proximité ? De nombreux experts se sont penchés sur la question aux USA, mais aussi en France.

L’étude la plus complète remonte à 2009, et est le fruit de la recherche du Lawrence Berkeley National Laboratory. Pour procéder à cette analyse, 7500 maisons en vente ont été analysées et visitées, localisées jusqu’à 16 km de 24 parcs éoliens terrestres dans 9 États différents. Afin d’obtenir les résultats les plus précis possibles, les participants à l’étude ont pris en compte les transactions avant et après l’installation des éoliennes. Les résultats ont été comparés selon différents modèles statistiques pour garantir leur fiabilité. Les chercheurs n’excluent évidemment pas la possibilité que certaines maisons soient concernées, mais d’après leurs conclusions de l’échantillon de foyers analysés, les impacts négatifs sont trop faibles ou peu nombreux pour être statistiquement observables.

La proximité des installations et des habitations dérange


En 2013, la London School of Economics (LSE) a mené une étude similaire, cette fois sur un panel représentatif d’un million de logements britanniques. L’objectif ? Montrer les effets de la visibilité des éoliennes sur la vente des maisons entre 2000 et 2012. Les résultats de cette analyse statistique une baisse des prix de l’immobilier (de 5 à 6 %)  principalement pour les logements ayant une visibilité sur les éoliennes dans un rayon de 2 à 3 km.

En France, une analyse menée en 2010 par l’association Climat Énergie Environnement dans le Nord Pas-de-Calais, a donné des résultats intéressants. L’étude, qui recensait 10 000 transactions analysées dans 116 agglomérations et conduite dans un rayon de 5 km autour de cinq parcs éoliens sur une période de 7 années, a réfuté les arguments des anti-éoliens. D’après les résultats, aucune baisse apparente de demande de permis de construire du fait de la présence visuelle des éoliennes n’a été enregistrée dans les communes proches des éoliennes.

De même, sur la périphérie immédiate de 0 à 2 km, la valeur moyenne de la dizaine de maisons vendues chaque année depuis la mise en service (3 années postérieures) n’a pas connu d’infléchissement notable.

Somme toute, les différentes études menées de façon indépendante à travers le pays et au niveau international s’accordent pour conclure à un impact limité des parcs éoliens sur les biens immobilier. La crainte d’une dépréciation liée à la présence d’éoliennes n’est donc pas fondée. Même si l’inquiétude des riverains peut se comprendre. L’acquisition d’un bien immobilier étant pour certains le travail et le rêve d’une vie, et le résultat de nombreuses privations. Il serait dommage qu’il perde de sa valeur à cause de quelques éoliennes.  Afin de rassurer les propriétaires terriens, des enquêtes ont été menées auprès de professionnels de l’immobilier. Les études conduites concluent toutes à un impact limité en termes de nombre de biens concernés, et à peu, voire pas, de conséquences négatives quantifiables.

 

Donc, pour résumer, les éoliennes dérangent pour les raisons suivantes :

– Les nuisances sonores
– La perte de valeur pour les biens immobiliers
– Le coût pour les consommateurs
– Les dangers de proximité
– L’absence de médiation, de négociations et de communication
– Les risques sanitaires
– La transformation de l’environnement
– L’absence de consultation des propriétaires
– Le refus des élus d’évoquer les raisons de leur choix (beaucoup dénoncent un lobby éolien)

Les pétitions anti-éolien, quelles conséquences ?

 

Bien que certains arguments avancés par les anti-éoliens sont discutables, l’abondance de pétitions a le mérite de mettre en avant un constat sous-jacent : à trop vouloir faire bien dans la transition énergétique, on peut parfois en oublier la nature déjà en place. D’ailleurs, le secteur éolien n’est pas le seul concerné. Les hydroliennes connaissent le même problème. Les entreprises impliquées dans leur installation en littoral s’attirent les foudres des syndicats de pêcheurs, inquiets de l’impact de l’installation de ces turbines sous-marines géantes dans leurs zones de pêche.

Autre problème de taille : l’inégale répartition du parc éolien en France. Les Hauts-de-France et le Grand Est concentrent la moitié des éoliennes de l’Hexagone. Un placement stratégique appuyé par deux facteurs : l’excellent gisement de vent et une concentration faible de l’habitat (qui laisse beaucoup d’espaces disponibles pour planter les grands moulins blancs).

 

Les actions des anti-éoliens ne se limitent pas aux pétitions, parfois elles payent, parfois non. Reste à savoir si le vent va finir par tourner pour les anti-éoliens, “Petite pluie abat grand vent” dit-on, mais “Jeune gouvernement suit le vent”, et celui-ci semble bien décidé à aller au bout de ses décisions.

 

 

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( update 15 janvier, 2018 )