Le Grand Paris de l’Energie #5: Pour un retour des abeilles en ville!

Alors que le débat sur l’interdiction du glyphosate anime la France et l’Europe depuis des semaines, la ville (où son utilisation est interdite depuis début 2017) apparaît comme l’espace le plus protégé de ce pesticide. Ce principe actif présent dans de nombreux pesticides, notamment dans le Roundup, symbolise l’agriculture intensive et tous ses dérapages. Parmi les conséquences terribles de ce mode de culture se trouve l’extinction des abeilles, victimes des pesticides, mais aussi de la disparition des champs de fleurs.

Engagés pour leur survie, Rémi Santiago et Leena Radjibaly ont décidé de fonder l’association Happyculteur, qui oeuvre pour la préservation des abeilles… en ville. En 2016, lors du Startup Week-end Startup Food, naissent l’idée et la conviction qu’il faut ramener l’apiculture dans les aires urbaines. Ayant eu la chance de grandir près des ruches installées dans son jardin nantais, Rémi se dit « sensible » aux questions de protection de la biodiversité. Lorsqu’il arrive à Paris, il s’étonne de voir que ces préoccupations sont éloignées de celles de la plupart des parisiens. La question de l’extinction des abeilles est trop souvent méconnue, et le rôle primordial de cet insecte ignoré…

Pourtant, c’est en ville que l’abeille se sent le mieux. Ce constat étonnant pourrait s’avérer la clé de  leur préservation. Le taux de mortalité des abeilles dans les campagnes est d’environ 30%, un chiffre élevé qui s’explique principalement par la présence de pesticides dans l’environnement rural. En revanche, dans les aires urbaines, ce taux n’est que de 10%.  “Le jour où l’agriculture sera agroécologique et sans pesticides, on pourra revenir en campagne”, affirme Rémi. Passer par une apiculture urbaine pour assurer le futur des insectes pollinisateurs est le challenge que souhaite relever Happyculteur mais cela doit passer par l’éducation de la population urbaine.

Un deuxième constat vient donner à Rémi l’espoir que cela change : il y a de la place disponible sur les toits de Paris. Installées sur les toits des grosses entreprises ou sur ceux de copropriétés privées, on estime actuellement que plus de 700 ruches sont installées sur les toitures parisiennes.

Rémi et Leena décident alors de créer l’association Happyculteur, où désormais deux personnes travaillent à temps plein et 12 bénévoles prêtent ponctuellement main forte. Entre une approche professionnelle plus productiviste et une approche à plus petite échelle dans les lieux publics ou sur les toits des particuliers, Rémi et son équipe ont fait le choix d’un projet à taille humaine pour pouvoir suivre leurs 3 axes de développement.

L’objectif premier est la sensibilisation autour de la question des abeilles. Via des ateliers d’initiation menés dans des espace participatifs comme Les Grands Voisins, Happyculteur propose aux particuliers de découvrir le métier du miel sur des ruches appartenant aux apiculteurs partenaires du réseau. Le deuxième axe sur lequel Rémi et son équipe travaillent est celui d’une plateforme collaborative qui favorise l’installation de nouvelles ruches en trouvant de nouveaux espaces pour des apiculteurs. La plateforme permettra aussi de mettre en relation des personnes désireuses d’être formées à l’apiculture avec des apiculteurs. Enfin, Happyculteur souhaite proposer aux citoyens qui veulent se mobiliser à leur échelle pour la protection de la biodiversité des services de partenaires pour les guider dans leur engagement. Proposer des semences écologiques pour planter des fleurs sur les balcons, ou encore des jardinières Do It Yourself… L’association veut tisser des partenariats avec tous les acteurs pouvant contribuer à des niveaux différents au développement de l’apiculture dans les villes: de la floraison des espaces à la récolte du miel en passant par la formation.

Envie de s’investir dans l’entretien d’une ruche ? Happyculteur vous aide dans toutes les démarches grâce à une carte qui  indique les emplacements de ruches disponibles près de chez vous. Une ruche peut être installée presque n’importe où à condition d’avoir une surface supérieure à 6m2 dans un environnement qui n’en accueille pas déjà  trop. Le critère principal pour l’installation de ruches est avant tout la disponibilité des fleurs. Il faut qu’elles soient en quantité suffisante pour nourrir les abeilles mais aussi qu’elles soient présentes dans des variétés diverses pour que les temps de floraisons se succèdent et assurent une continuité des ressources. Fleurs et ruches se complètent pour assurer le maintien de la biodiversité et c’est pour cela que Happyculteur est également partisan de l’agriculture urbaine. Avec les appels à projets de la Mairie de Paris, la pratique de l’agriculture en ville se développe et Happyculteur en profite pour plébisciter son projet auprès des nombreux média qui se font le relais de ces initiatives et dénoncent l’emploi de pesticides.

Avec Happyculteur, il n’est pas question de rentabilité, mais plutôt de pédagogie à petite échelle. En réalité, pour être rentable, un apiculteur doit posséder environ 400 ruches, ce qui rend impossible à Paris le développement d’un business centré sur la récolte de miel. L’objectif n’est pas là : le travail de Happyculteur se fonde sur une approche participative et inclusive de l’apiculture. Aujourd’hui, le métier d’apiculteur est dévalorisé par rapport au travail fourni. Les ateliers de sensibilisation sont aussi conçus pour leur assurer un complément de revenu et valorisent leur travail de manière plus importante que la récolte. Rémi estime que l’importance de l’apiculture est telle qu’il faudrait créer un cursus dédié à cette filière : aujourd’hui seuls 10% des apiculteurs français peuvent exercer pleinement leur métier de manière totalement professionnelle. Il est donc important de revaloriser leur métier et leurs efforts qui participent au maintien de la biodiversité.  

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, système de climatisation, pollution aux particules fines, ou encore pollution lumineuse ne sont pas des obstacles au développement de l’apiculture urbaine. Rien n’a encore prouvé que l’activité humaine des villes avait une incidence sur le développement des abeilles. Si la ville n’est donc pas néfaste, l’obstacle principal auquel doit faire face l’association est la multiplication des a prioris qu’ont les citoyens sur les abeilles. L’insecte a tendance à faire peur car on craint souvent leur piqûre… à tort car si elle n’est pas agressée, l’abeille ne pique pas. C’est pour cela qu’il est important d’éduquer tout le monde à ces questions.

En effet, il y a tant de choses à découvrir sur ces bêtes.. Par exemple, les ruches ne nécessitent aucune installation de climatisation ou de chauffage car les abeilles régulent elles-mêmes la température ambiante de la ruche.

Le saviez-vous ?

En ventilant avec leurs ailes l’été, elles parviennent à abaisser la température pour qu’elle se maintienne à 25°C. Cette température peut également être constante en hiver grâce à une méthode particulièrement étonnante : en s’agglutinant en boule, comme le font également d’autres animaux comme les pingouins, et en se mouvant simultanément, les abeilles parviennent à mutualiser la chaleur dégagée par leur thorax et à réchauffer l’intérieur de la ruche.

Cependant, les abeilles ne pourront lutter contre le changement climatique qui les menace directement. Autre raison de leur disparition, la production croissante et souvent frelatée de miel dans les pays d’Europe de l’Est ou en Chine. Envahissant le marché français, ces miels auxquels sont parfois ajoutés de l’eau et du sucre concurrencent les filières françaises de qualité dont le travail est pourtant nécessaire à la préservation des abeilles. “Acheter du bon miel est la première étape pour s’engager pour l’avenir des abeilles”, conclut Rémi.

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