L’ère des protéines synthétiques ?

Alors que les touristes désertent maintenant les étendues boisées sans fin du grand nord de la Finlande, les scientifiques de la capitale se concentrent sur l’urgence de la faim dans le monde, et comment y remédier avec des ressources énergétiques. Face à ce dilemme malthusien grandissant, la technologie énergétique s’avère de plus en plus à-même de permettre à des communautés scientifiques de trouver des solutions que l’on pensait seulement imaginaires face à des problèmes bien réels.

Une technologie prometteuse

Une protéine a été produite grâce à l’utilisation combinée de la puissance de l’électricité et du dioxyde de carbone par un groupe de chercheurs de l’Université de Lappeenranta et le Centre de Recherche Technique de Finlande. Cette protéine ainsi fabriquée peut se développer et aspire à devenir une denrée alimentaire alternative pour les animaux et la consommation humaine. Une telle méthode de production se construit sur la trame de questions liées à la disproportion des ressources alimentaires dans le monde et de la production énergétique.

La protéine peut être synthétisée n’importe où à partir du moment où une énergie renouvelable, comme la puissance solaire, est accessible. L’enjeu de ce développement est de pouvoir dans un premier temps pourvoir un fourrage de remplacement pour alléger la terre productrice et laisser place à d’autres productions prioritaires, comme la plantation forestière. Il ne faut en effet pas oublier qu’une majorité des terres cultivables sont utilisées pour produire du fourrage qui servira ensuite à nourrir des animaux, quand ces terres pourraient être directement utilisées pour des cultures nourricières si une autre source de fourrage est trouvée.

Une solution d’avenir ?

faim dans le monde
Que 65% des terres arables sur la planète restent encore inexploitées sur le continent africain face à une fertilité des sols qui part en poussière ne fait que rappeler d’un tiers des sols sont déjà dégradés dans le monde. L’agriculture productiviste s’essouffle, pas les énergies renouvelables. Alors, le bonus de cette synthétisation alimentaire? Produire de la nourriture là où elle est demandée. Sur ce point, Jero Ahola de l’Université de Technologie finlandaise, ajoute :

« En comparaison à une agriculture traditionnelle, la méthode de production que nous développons ne requiert aucune contrainte géographique demandée dans le secteur de l’agriculture en général : la gestion de la température, de l’humidité ou du type de sol n’entre pas dans les paramètres à prendre en compte. Cela nous permet d’utiliser un procédé totalement automatisé de production de nourriture destinée au animaux, la synthétisation ne demande aucun recours aux pesticides, et la seule quantité de nutriments aux propriétés fertilisantes est limitée à la création fermée. Cela nous permet d’éviter toute influence négative sur l’environnement qui contribue par exemple l’assèchement des systèmes d’irrigation ou la construction d’usines produisant des gaz à effet de serre ».

Comme l’explique le chef de l’équipe scientifique Juha-Pekka Pitkänen, du VTT (Centre de Recherche Technique) « dans la pratique, tout matériau brut peut être extrait de notre atmosphère. Dans un avenir proche, la technologie pourra être apportée vers, par exemple, des déserts et autres zones de famine. Une alternative possible serait un réacteur local, une installation domestique que le consommateur peut utiliser pour produire la protéine souhaitée ».

La production d’un gramme de protéine prend actuellement deux semaines en utilisant le matériel à disposition en laboratoire. Pour que le produit devienne rentable, la création doit être optimisée, car le potentiel d’un tel procédé de création alimentaire basée sur l’énergie électrique peut être presque 10 fois plus efficace qu’une photosynthèse naturelle  des plantes.

Ce projet s’inscrit dans une mission de plus grande amplitude lancée par le groupe de recherche Neo-Carbon Energy de l’université et du centre finlandais. Leur but ? Développer un système énergétique complètement renouvelable et sans aucune émission néfaste. La nourriture produite avec de l’électricité est une étude lancée par l’Académie de Finlande et a débuté il y a quatre ans.

La finalité d’une telle entreprise n’est pas de prétendre à la découverte d’une solution miracle. Il s’agit avant tout de réfléchir aux solutions possibles, aux alternatives face à une production mondiale déséquilibrée. Ces inégalités grandissantes dépassent maintenant le simple questionnement sur la légitimité des grandes puissances face à la répartition des ressources. C’est à présent avec ce genre de recherches, innovations et solutions que l’équilibre, sinon l’espoir d’un équilibre devient plus légitime.

 

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( update 15 janvier, 2018 )