Le VSR, le véhicule qui a du flair

Depuis 2016, un tout nouveau type de véhicule parcourt les routes de France, avec une mission bien particulière : détecter les fuites de gaz naturel sur le réseau national. C’est le VSR (Véhicule de Surveillance du Réseau). Cette camionnette de GrDF détecte le méthane à partir d’une particule par million, quand l’être humain commence à 10 000. Sauf quand il pleut ou qu’il vente trop. Un camion à moustaches dont le nez renifle le gaz. Info ou intox ?

Il semblerait qu’avoir du nez est une qualité bien utile. Après les cochons chercheurs de truffes et les chiens traqueurs de drogue, voici le camion renifleur de gaz. Pied de nez (c’est le cas de le dire) aux méthodes de traques traditionnelles ? Non, il s’agit d’une exclusivité GrDF (Gaz réseau distribution France), filiale du groupe Engie et gestionnaire du réseau de gaz naturel sur la quasi-totalité du territoire métropolitain, pour prévenir les fuites de gaz.

VSR : le traqueur monté sur roues

Le gaz, ennemi invisible

En France, on enregistre environ 6 000 personnes victimes d’une intoxication au monoxyde de carbone due à une fuite de gaz. 300 d’entre eux meurent après l’accident. Asphyxiant et très toxique, le monoxyde de carbone reste la première cause de mort toxique accidentelle en milieu domestique. Effectivement, dans 30% des cas d’incendies, ces derniers se déclarent la nuit et 70% sont mortels dans ce cas.

À grande échelle, les fuites de gaz représentent un risque majeur pour la sécurité et l’environnement. Mais comment surveiller en continue 1405 km de réseau ? Certainement pas avec des chiens, et encore moins des cochons. Quant à imaginer des troupeaux d’éléphants (le meilleur nez du règne animal) labellisés GRDF parcourants les autoroutes en quête d’indices de fuite de gaz, oui à l’innovation, mais il y a des limites à tout.

shutterstock_261875717

Le VSR : le Cyrano de la route ?

Pour pallier les accidents, et faute d’animaux spécialisés dans la détection des particules fines, GRDF a opté pour un renifleur d’un tout autre genre, moins organique, plus technologique : un véhicule motorisé à l’odorat surdéveloppé, détecteur de fuites de méthane, sobrement appelé VSR. Chaque région de France en possède un, qui parcourt sans relâche des km de routes à la poursuite de la moindre particule.

Concrètement, la voiture, pourvue d’un odorat 10 000 fois plus puissant que celui de l’homme “renifle” le sol en roulant. Là où le nez humain peut trouver des notes de poivrons verts et de papaye trop mûre dans les vins Bordeaux et des senteurs de sous-bois d’automne précoce des highlands dans le whisky, il ne détecte les odeurs de gaz dans l’air qu’à partir de 10 000 particules par million (ppm). Nous sommes donc plus à même de réussir une dégustation hédoniste et de briller en société que de sauver nos vies en cas de fuite de gaz. Qui a parlé d’instinct de survie ?

Les capteurs des camions renifleurs de GRDF sont capables de les détecter à raison de seulement 1 ppm.odorat, de façon à détecter le moindre indice de fuite de gaz. Nous pouvons donc désormais jouer les oenologues accomplis sans craindre de finir intoxiqués. Parfait.

Comment ça marche ?

Pour comprendre la mécanique de l’engin, direction la classe de 3e, cours de physique-chimie.

Pour détecter ces particules aussi finement, la camionnette est équipée de huit sondes de prélèvement suspendues au pare-chocs avant, aussi appelées « barbiches » par les techniciens. Ces barbiches fonctionnement comme un aspirateur : l’air ambiant aspiré va ensuite être passé au laser pour analyse. Point scientifique : le gaz naturel, comme tous les éléments chimiques, a la particularité d’émettre des fréquences lumineuses, qui sont tout de suite captées par le laser. Ergo, s’il y a du méthane (la principale composante du gaz naturel) dans l’air, il sera vite repéré.

 

Le technicien présent dans le véhicule (oui, il y a bien quelqu’un à bord, ce n’est pas encore Matrix) prend alors la décision, en fonction de la valeur des particules, de déclencher ou non une intervention d’urgence. On est dans le rouge lorsque la valeur est supérieure à 15 particules par million. Entre 1 et 14 particules par million, le technicien procède à une analyse plus détaillée, et, si besoin est, transfère un échantillon aux exploitants locaux.


Fort heureusement, rares sont les fois où les interventions d’urgence sont nécessaires. Provoquées par la corrosion du réseau, des raccords mal serrés ou fuites dans les vannes, elles sont de l’ordre de 5 %.

En période de transition énergétique, les innovations technologiques pour prévenir les accidents liés aux fuites de gaz ont le vent en poupe. Bertin Technologies a développé un système permettant de suivre le cheminement de nuages de gaz grâce à… des caméras de surveillance. Innovation tout droit sortie du secteur militaire, cette technologie cherche à séduire le civil et, notamment, l’industrie chimique qui traque les émissions dangereuses pour la sécurité et l’environnement.

Commentaires

0/5 sur 0 Avis

En savoir plus sur notre politique de contrôle, traitement et publication des avis : cliquez ici