Ecologie, sécurité ? doit-on choisir pour l’éclairage public?

Noël approche et avec les festivités de fin d’année, une question récurrente refait surface : comment gérer l’éclairage de la ville en cette période où petits et grands se plaisent à contempler les décorations lumineuses installées dans les rues ?

Plus généralement et à toutes les saisons, les villes, actrices de premier plan de la transition énergétique, sont souvent confrontées à un dilemme concernant l’éclairage public. Entre diminuer les lumières des centres villes la nuit pour permettre d’importantes économies d’électricité ou assurer la sécurité de ses usagers, les avis et les approches divergent, suscitant l’indignation des deux parties. Entre sécurité et respect de l’environnement, les citoyens tentent de faire valoir leurs opinions en lançant des pétitions militant pour l’une ou l’autre des alternatives. Alors que certaines villes ont pris des décisions tranchées, d’autres ont su tirer profit de nouvelles technologies pour proposer des alternatives intelligentes.

Selon l’ADEME, l’éclairage public consomme chaque année en France plus de 56 TWh (Téta Watt heure), soit 12% de la consommation totale annuelle. Dans un rapport sur l’éclairage dans les collectivités, l’Association Française de l’Eclairage (AFE) révèle que les français ne sont pas prêts à renoncer à l’éclairage des villes la nuit, solution qui représente pourtant un potentiel d’économies d’énergie important. La raison essentielle de ce refus réside dans le sentiment d’insécurité suscité par l’extinction des lumières et ressenti par 90% des français.

Certaines villes françaises ont fait le choix de plonger leurs rues dans l’obscurité à partir d’une certaine heure de la nuit, mais bien souvent, les habitants ont protesté contre cette décision. A Venasque, ville du Vaucluse, aux Abrets en Dauphiné (Isère), ou encore à Locon (Pas-de-Calais) les citoyens ont lancé des pétitions pour le rétablissement de l’éclairage nocturne. Insécurité pour les piétons, risques accrus de cambriolages, risques d’accident de la route dans les endroits obscurs… Pour toutes ces raisons, les signataires des pétitions souhaitent que les élus reviennent sur leur décision d’extinction de l’éclairage après 23 heures. Prenant parfois des allures de couvre-feu, l’arrêt des lumières est motivé par le potentiel d’économie qu’il permet. Selon l’Ademe, près de la moitié des dépenses des collectivités locales est destinée à l’éclairage et la simple extinction la nuit permet de réaliser des économies de l’ordre de 30%. La pollution lumineuse des villes serait également un facteur de perturbation de certaines espèces animales vivant dans les aires urbaines.

D’autres villes affichent des bilans moins contrastés. A Gournay-en-Bray (Seine-Maritime), par exemple, après un mois d’essai, les indicateurs de criminalité n’affichaient pas d’augmentation significative et la population semblait s’adapter à cette nouvelle mesure.

Au total, 12 000 communes françaises ont opté pour cette solution, permettant de dresser un bilan économique et écologique encourageant. Par an, sur les communes concernées, 1,7 TWh d’économies d’électricité auraient été réalisées (soit 3% du total de la consommation française dédiée à l’éclairage). Cette décision aurait également permis d’éviter l’émission de 153 tonnes de CO2 (sur les 85 000 tonnes produites par l’éclairage à l’échelle du pays).

Néanmoins, difficile dans les grandes villes de couper l’éclairage alors que les rues sont fréquentées jusqu’à des heures tardives de la nuit. C’est pourquoi, certaines d’entre elles ont préféré trouver des solutions alternatives.  Aidée de la start-up Kawantech, la ville de Toulouse a mis en place un éclairage intelligent dans l’ensemble du centre-ville. Un système de détection permet de prévoir l’arrivée d’une personne grâce à sa masse et à sa vitesse de déplacement et donc de déclencher l’allumage d’un lampadaire, qui entraîne ensuite celui des lampadaires suivants. Pour les voitures, dotées de phares, l’éclairage est moindre afin de permettre des économies encore plus importantes.

Alors que de plus en plus d’agglomérations intègrent des considérations écologiques et prônent les “Smartcities”, encore trop peu repensent leurs système d’éclairage public pour obtenir des résultats à la fois écologiques et économiques. La réglementation européenne exige pourtant la rénovation des lampes publiques : en France, ce sont près de 80% des lampadaires qui doivent être rénovés ou remplacés. En effet, la vétusté des installations (40% des installations ont plus de 25 ans) entraîne des surconsommations importantes pourtant faciles à éviter. L’association estime qu’entre 40 et 70% d’économies d’énergie sont réalisables en remplaçant les anciens lampadaires de trop forte intensité par des dispositifs moins puissants mais tout aussi efficaces. Autre piste d’amélioration : la configuration des lampadaires. Les anciens (ceux sous forme de boule par exemple) dirige 50% de leur lumière vers le ciel. En plus d’une perte conséquente d’énergie, ce type d’installation induit une pollution lumineuse des aires urbaines.

Problème, la rénovation du parc d’éclairages publics a un coût extrêmement élevé. L’AFE estime qu’il faudrait débloquer 9 à 10 milliards d’euros pour rénover l’ensemble des installations.

 

Redactor

Ecrit par Agathe G

Mis à jour le 7 Avr, 2021

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