« Chez Ohm-Energie, on cherche à réconcilier écologie et économies » – entretien avec le CEO François Joubert

08/02/2021 Nous avons échangé avec François Joubert, CEO de Ohm-Energie, autour de sa vision sur les énergies vertes et la consommation d’énergie en France.  Du contexte covid-19 à sa vision future du marché, en passant par les critiques actuelles de l’énergie verte, François a répondu à toutes nos questions !

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💪🏻 Ohm Énergie est un jeune fournisseur d’énergie, quelles sont les motivations derrière ce projet ?

J’ai créé Ohm Énergie en partant de plusieurs constats :

  1. Partout en Europe, on a vu les fournisseurs alternatifs prendre des parts de marché très importantes, à tel point qu’en Angleterre ou en Allemagne le fournisseur historique n’a plus qu’environ 30% des parts de marché.
    C’est vrai partout sauf en France où l’acteur historique conserve plus de 70% des parts de marché.
  2. Cette normalisation est en train d’arriver ! En effet, il y a une perte de clients chez EDF, et il y a un certain nombre de ruptures technologiques qui permettent à un nouvel entrant de se positionner avec une offre différenciante.

Quand on s’est lancés, on ne voulait pas être un énième fournisseur proposant le “TRV moins x%” ou de l’énergie verte comme tout le monde. On s’est dit qu’il y avait des choses à faire, comme par exemple avec les compteurs Linky. C’était très décrié à l’époque, on était au cœur de la polémique !

Notre pari c’était de se dire qu’il y avait des choses intéressantes pour le consommateur.

3 ans plus tard, on peut voir que 90% des ménages sont équipés de compteurs Linky. La polémique s’est estompée.

Mais par contre les vrais bénéfices pour le client sont arrivés : proposer des tarifs innovants, faire réellement baisser la facture, proposer un coach énergétique… Les clients peuvent mesurer leur consommation, être alertés en cas de dépassement, se comparer avec d’autres foyers équivalents, voire même identifier leurs équipements énergivores.

Ce sont des services intéressants qui se traduisent par une acquisition en croissance significative.

 

💡 Pourquoi un client change-t-il de fournisseur d’énergie ?

Première raison : le prix. Il n’y a pas de miracle : l’énergie est une commodité, il faut être compétitif.

On peut choisir de le faire de manière brutale, en réduisant le tarif par rapport au TRV – et là, forcément, il y a une compromission sur d’autres éléments (service ou autre). Nous n’avons pas voulu faire ça. Nous avons un service client de qualité.

Comment fait-on ? On propose des tarifs spécifiques pour tous les clients qui consomment quand les tarifs du kWh ne sont pas élevés : le soir et le week-end. Cela fait des dizaines d’années que ces gens-là paient leur électricité trop cher ; nous sommes les seuls à leur proposer jusqu’à 40% de réduction par rapport aux heures pleines.

Autre exemple : les clients qui ne consomment que l’été. D’avril à octobre nous sommes 30% moins chers que le TRV. Ça permet d’être compétitif car personne ne propose des réductions aussi massives.

Deuxième raison, l’aspect “énergie verte”. On a décidé de ne pas faire le choix entre énergie verte et énergie moins chère, donc on fait les deux : on est plus économiques et plus écologiques ! On propose une énergie verte qui par ailleurs est française, de production indépendante et de technologie récente.

Troisième raison, la lutte contre le gaspillage énergétique. Près de 80% des français y sont sensibilisés, mais les gens ne savent pas quoi faire ! C’est là que notre coach énergie intervient.

Exemple avec un chauffe-eau : ils sont en théorie asservis pendant les heures creuses. Dans la pratique, 25% des chauffes-eaux se déclenchent pendant les heures pleines (donc chères). Et cela car jusqu’à présent, il n’y avait aucun moyen de le savoir.

Parmi les 30 fournisseurs qui existent en France, aucun ne vous apporte ça. Cela vous coûte autour de 200 € par an. Dans le système français ce sont 750 millions d’euros qui sont perdus tous les ans à cause de ça. Nous, on vous alerte !

 

⚡️ Quels vont être vos plus grands défis dans les années à venir ?

Notre premier objectif : arriver à 500 000 clients. Dans notre business plan d’origine, on l’avait prévu en 2023… Mais je ne serais pas étonné que ça arrive d’ici 2022 ! C’est un objectif important pour avoir une masse critique.

Le deuxième objectif, c’est d’aller toujours plus loin dans les services que l’on propose. Dans un premier temps, c’est faire un diagnostic (mauvaise isolation thermique, gain potentiel avec des thermostats intelligents). Ce diagnostic existe et plus nous avançons, plus nous allons proposer des solutions clé en main pour simplifier le geste d’économie d’énergie.

Tout le monde sait qu’il est préférable d’avoir une isolation qui fonctionne bien. Mais on ne sait pas trop si c’est rentable, si c’est compliqué, comment faut-il s’y prendre, quelles sont les aides de l’État pour cela, etc.

« Nous, ce que nous voulons vraiment, c’est proposer une solution facile à mettre en œuvre pour nos clients. » 

 

🔎 Le contexte actuel influence-t-il vos prévisions ?

Le Covid a eu un impact. Les premières semaines du Covid, on a vu une réduction de notre augmentation de nouveaux clients. Un mauvais deuxième trimestre, seulement +20% par rapport au premier : normalement, on est à +100%.

Concernant les clients, ils ne consomment pas forcément plus : il y a eu des regroupements familiaux. Par exemple, dans les populations jeunes, les étudiants sont rentrés chez eux. L’effet n’est pas énorme dans l’augmentation générale.

 

💰 Le vert est souvent associé à un prix plus important dans l’imaginaire collectif, est-ce vraiment le cas ?

Chez Ohm Énergie, on ne croit pas à l’écologie punitive. On n’est pas sur un positionnement “c’est plus cher parce qu’on est vert”. Et il ne serait pas envisageable d’être ainsi, car nous sommes généraliste.

Maintenant, est-ce que le vert est plus cher ? Oui, le coût est élevé. Cela coûte plus cher à fournir mais nous sommes prêts à l’absorber dans nos coûts.

Sur notre offre classique, ce n’est pas plus cher pour le client. Nous avons des tarifs discount aussi : Soir & Week-end, Beaux jours, Petite Conso. Sur ces offres, nous avons pris le parti de faire payer 1€ de plus, au choix, pour avoir du vert.

Pour certains c’est beaucoup, et ce n’est pas à nous d’imposer le vert !

 

💬 On a pu entendre des critiques du Médiateur National de l’Énergie sur les « Méthodes commerciales douteuses », « Offres vertes pas très vertes », « promotions faussement alléchantes », quel est votre point de vue là-dessus ?

Il y a sans doute des méthodes qui ne sont pas bonnes. En tant qu’industrie, nous avons intérêt à nous tourner vers des bonnes pratiques : nous, on les met déjà en œuvre ! C’est essentiel d’aller dans cette direction.

Sur le vert pas très vert, il faut savoir de quoi on parle. Il y a beaucoup d’incompréhensions et d’erreurs, y compris dans le discours des donneurs de leçons, et notamment sur la question de déterminer ce qui est vert ou pas.

On peut dire d’où vient l’énergie. La grande hydraulique, on n’en veut pas : ça a été construit il y a 50 ans, donc c’est un peu tromper le client de lui dire qu’il contribue à la transition énergétique alors qu’on ne fait que déplacer sa consommation. Il ne change rien à la réalité.

Nous on se positionne sur des technologies récentes (éolien, solaire, biomasse) et sur de la production française. Nous allons dans la bonne direction.

 

⚠️ La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a expliqué que des coupures d’électricité pourraient intervenir cet hiver, est ce normal pour un pays comme la France ?

Non, ce n’est jamais normal d’avoir des coupures d’électricité.

L’équilibre offre/demande du système électrique incombe à RTE. Cela ne dépend pas des fournisseurs, c’est important de le rappeler. Il n’y a pas plus de risque d’avoir des coupures chez Ohm Énergie que chez EDF.

C’est de la responsabilité de RTE d’alerter. Par définition, il y a toujours des risques de coupure ; la question est plutôt celle de la probabilité : est-ce qu’elle est de 1 sur 1000, sur 100, sur 10… ?

Malheureusement, la réponse à la question « est-ce que ce risque augmente, et si oui de combien ?” n’est pas claire. Cela manque de contexte et de précision, car il y a toujours des risques de coupure en hiver.

 

📢 Quels conseils donner à de jeunes entrepreneurs dans l’énergie ?

Il y a une énorme dynamique dans la transition énergétique.

C’est bien qu’il y ait une pluralité d’offres. C’est aussi très bien qu’il y ait un écosystème de sociétés dans la fourniture et dans la production. Cela va lancer la transition, car nous en sommes encore loin !

Il y a encore beaucoup de challenges, je les encourage à se lancer et à contribuer à cette dynamique.

 

❔Quelle est la question que je ne vous ai pas posée ?

C’est un sujet dont on parle très peu. Quand on parle de transition énergétique, il y a 2 piliers : la production bien sûr… mais aussi les économies d’énergie !

Et ça on a du mal à le mettre en photo, ça passe moins bien à la télévision… Mais c’est le sujet le plus important, car quand un client achète vert, il va avoir un impact sur le long-terme, mais il ne va pas y avoir immédiatement une centrale verte qui émerge.

Or, quand le consommateur fait un geste d’économie d’énergie, il va y avoir un impact immédiat sur l’empreinte carbone : un impact immédiat sur les externalités de la production, mais aussi sur ses économies.

Et c’est au cœur de notre démarche : on cherche à réconcilier écologie et économies. Éviter le gaspillage c’est vraiment ce qu’il y a de plus simple et efficace à mettre en œuvre.

« En France, on estime qu’il est possible d’économiser 25% l’énergie consommée tout en gardant le même niveau de confort. » 
Redactor

Ecrit par Thomas Maechler

Mis à jour le 9 Fév, 2021