Les banques deviennent-elles plus éco-responsables ?

Résumé : Les banques françaises financent plusieurs projets, industries et entreprises exploitant massivement les énergies fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz de schiste. Aujourd’hui, l’empreinte carbone des banques est colossale et face à l’urgence climatique, la plupart des banques françaises annoncent des projets et des chartes de principes pour réduire leur empreinte carbone et devenir des banques plus éco-responsables.

Oxfam International et Les Amis de la Terre dressent un constat alarmant concernant l’empreinte carbone des banques

Les banques françaises vont-elles parvenir à réduire leur empreinte carbone ?

Une étude de l’Organisation Non-Gouvernementale Oxfam International révèle que les banques françaises et internationales ont augmenté leurs investissements dans les énergies fossiles et réduit les investissements dédiés aux énergies renouvelables. Ce constat alarmiste démontre l’impact négatif des investissements bancaires pour l’environnement et le réchauffement climatique.

Néanmoins, les banques françaises élaborent des projets pour parvenir à réduire leur empreinte carbone très élevée à cause des financements des entreprises et des industries extrêmement polluantes comme le charbon thermique, l’énergie fossile rejetant le plus de CO2 dans l’atmosphère.

Certaines banques ont annoncé des mesures plus éco-responsables quelques jours avant le Climate Finance Day prévu le 29 novembre 2019. Il s’agit d’un rendez-vous annuel où les établissements bancaires et les assureurs élaborent des projets variés pour une économie avec une basse production/émission de carbone plus éco-responsable.

Comment les banques françaises alimentent-elles leur empreinte carbone ?

L’empreinte carbone estime l’impact des activités humaines sur le climat : le dioxyde de carbone (CO2) rejeté dans l’atmosphère est un gaz à effet de serre et l’activité humaine mondiale accroît sa quantité dans l’atmosphère ce qui participe au réchauffement climatique. Les particuliers et les entreprises peuvent calculer leur empreinte carbone selon plusieurs paramètres différents.

  • Les transports : moyen de locomotion, fréquence, durée, distance, etc.
  • Les habitations : surface, nombre d’occupants, etc.
  • Les habitudes de consommation : alimentation, informatique, etc.

Certaines entreprises augmentent leur empreinte carbone avec l’exploitation massive des énergies fossiles comme le charbon thermique, le pétrole et le gaz de schiste. Certains secteurs d’activité émettent davantage de dioxyde de carbone.

  • L’industrie pétrolière : responsable de plus de 40 % des émissions de gaz à effet de serre
  • L’industrie de la mode : 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre chaque année
  • L’industrie agroalimentaire : 5,3 milliards de tonnes équivalent CO2 (environ) chaque année

Comment les banques françaises et internationales peuvent détenir une empreinte carbone aussi colossale ? Le calcul de l’empreinte carbone des établissements bancaires est réalisé par rapport à leurs investissements bancaires et leurs prêts bancaires accordés aux entreprises.

investissement industries polluantesAujourd’hui, les quatre plus grandes banques françaises émettent 2.035 millions de tonnes équivalent CO2 c’est-à-dire 4,5 fois les émissions de gaz à effet de serre de la France (445 millions de tonnes équivalent CO2).

Classement des banques françaises les plus polluantes pour l’année 2018/2019 :

Les quatres banques françaises les plus polluantes

Les émissions de gaz à effet de serre des banques en millions de tonnes équivalent CO2 (2018)

BNP Paribas

782

Crédit Agricole

585

Société Générale

505

BPCE

163

La BNP Paribas : la banque française la plus polluante

La BNP Paribas est la banque la plus polluante avec 782 millions de tonnes équivalent CO2 rejetées dans l’atmosphère. Cette empreinte carbone colossale est due au soutien et au financement de l’établissement bancaire au groupe allemand RWE AG qui exploite massivement le charbon thermique, l’énergie fossile la plus polluante pour produire de l’électricité. Le groupe allemand distribue de l’énergie à 120 millions de clients, principalement en Europe et en Amérique du Nord.

Oxfam International et Les Amis de la Terre (association de protection de l’Homme et de l’environnement française) pointent du doigt les “mauvais” investissements des nombreuses banques internationales et nationales mais la directrice de la responsabilité sociale et environnementale de BNP Paribas se défend puisque les banques financent « le monde tel qu’il est » avec 65 % d’énergie fossiles utilisées dans la production mondiale d’électricité.

La Société Générale et son engagement minimal

Aujourd’hui, la plupart des établissements bancaires français élaborent des projets et des chartes environnementales pour réduire l’empreinte carbone mais la Société Générale (505 millions de tonnes équivalent CO2) n’est pas aussi engagée. En effet, la banque française continue massivement à accorder des prêts et réaliser des investissements où l’exploitation des énergies fossiles est importante.

  • Des politiques très floues concernant l’exploitation du charbon thermique
  • Un soutien important pour des projets d’exploitation du pétrole et du gaz de schiste

Néanmoins, la Société Générale souhaiterait abandonner les secteurs exploitant le charbon thermique mais leur investissement est extrêmement limité. L’établissement bancaire cesse de financer les entreprises avec une activité dans le charbon thermique supérieure à 50 % ou comprise entre 30% à 50% sans stratégie de réduction.

Comment les banques françaises vont-elles réduire leur empreinte carbone ?

L’intervention ultra-médiatisée de Greta Thunberg au Sommet du Climat à New-York le 23 septembre 2019 a totalement éclipsé l’engagement “historique” des établissements bancaires pour la protection de l’environnement et la réduction des gaz à effet de serre.

  • 130 établissements bancaires
  • 46 pays différents représentés
  • 47.000 milliards de dollars (42.270 milliards d’euros)
  • ⅓ de l’industrie bancaire

Cette réunion “historique” a engagé ces 130 banques pour une charte de principes pour créer une banque plus “éco-responsable” avec une cessation progressive des investissements dans les industries et/ou les entreprises exploitant massivement les énergies fossiles comme le charbon thermique, le pétrole et le gaz de schiste.

Cette charte de principes envisage une réduction drastique des émissions de dioxyde de carbone et de l’empreinte carbone des banques françaises qui s’envolent depuis ces dernières années.

Quels engagements pour la BNP Paribas, la banque française la plus polluante ?

L’empreinte carbone de la BNP Paribas est monumentale mais l’établissement bancaire élabore des projets et des nouvelles règles pour réduire son impact sur l’environnement.

  • Un arrêt complet des financements des industries européenne du charbon thermique pour 2030 et 2040 pour les industries internationales : BNP Paribas a annoncé cet engagement le 22 novembre 2019, quelques jours avant le Climate Finance Day
  • Elle n’apporte aucun soutien financier aux entreprises (principalement américaines) qui exploitent le pétrole et le gaz de schiste : BNP Paribas est la première banque internationale à prendre cette initiative

Néanmoins, les Organisations Non-Gouvernementales comme Oxfam International et Les Amis de la Terre félicitent ces bonnes initiatives mais désapprouvent les délais extrêmement longs pour la mise en place de ces nombreux projets. Il faudrait clore 80% de la capacité de production d’électricité provenant du charbon thermique avant 2030 pour réduire efficacement les gaz à effet de serre et ralentir les effet néfastes du réchauffement climatique.

Ces délais raccourcis entrent en conflit avec les intérêts financiers de la BNP Paribas, très présente aux États-Unis. L’établissement bancaire est incapable d’arrêter les financements américains avant 2030 puisqu’il est impensable de “lâcher” les clients aussi abruptement.

Le Crédit Agricole : un bon élève parmi les pollueurs

réduction empreinte carboneLe Crédit Agricole est la deuxième banque la plus pollueuse avec 585 millions de tonnes équivalent CO2 mais les dirigeants ont pris un réel engagement pour réduire l’empreinte carbone de l’établissement bancaire. En effet, tous les pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques doivent arrêter les investissements et l’exploitation du charbon thermique avant 2030 pour rester sous le seuil de 1,5 °C et le Crédit Agricole a pris plusieurs mesures pour respecter son engagement.

  • Il ne finance plus aucune centrale à charbon thermique
  • Il n’investit pas dans les entreprises dont l’exploitation du charbon thermique représente 25% du chiffre d’affaires : le Crédit Agricole est la première banque internationale à prendre cette initiative
  • Il souhaite une sortie totale et définitive du secteur du charbon thermique pour 2050 : le Crédit Agricole a été félicité par l’Oxfam International pour ce projet ambitieux

Les bonnes initiatives du Crédit Agricole semblent légèrement éclipsées par l’inaction (et le flou) face à l’exploitation et à la production du pétrole et du gaz de schiste, deux énergies fossiles extrêmement polluantes.

La Société Générale projette-t-elle des réductions des émissions de gaz à effet de serre ?

L’établissement bancaire français est un mauvais élève parmi les autres banques qui s’investissent massivement dans la protection de l’environnement et la réduction des gaz à effet de serre mais la Société Générale s’engage à arrêter tous ces investissements dans le charbon thermique européen en 2030 et 2040 pour les entreprises internationales.

Oxfam International et Les Amis de la Terre félicitent les différentes banques pour ces projets et ces chartes de principes mais l’urgence climatique se rapproche et les délais envisagés par les différents établissements bancaires (2030 et 2040) paraissent trop longs à ces associations qui militent activement pour la protection de l’environnement.

Néanmoins, Natixis (une filiale de la BPCE) a choisi d’orienter sa politique bancaire pour favoriser les entreprises et les projets plus éco-responsables. La filiale de la BPCE a introduit un “bonus-malus écologique” qui impacte les entreprises les plus polluantes avec un barème et une note accordée par Natixis. Une initiative intelligente qui risque d’inciter les entreprises internationales à se diriger davantage vers les énergies renouvelables pour éviter les malus de la banque.

Redactor

Ecrit par Alicia

Mis à jour le 11 Sep, 2020