Gilets jaunes : le climat au centre des débats

Résumé : Les Gilets jaunes secouent la France depuis environ un mois. Le mouvement a débuté contre le refus de l’instauration d’une taxe sur le carburant, depuis abandonnée, qui devait voir le jour début 2019. Quel lien peut-on faire aujourd’hui entre les Gilets jaunes et l’environnement ?

Les Gilets jaunes ont pris une importance considérable en à peine trois semaines en France. Parti d’une pétition lancée sur Facebook par une inconnue Jacline Mouraud, le mouvement a, au départ, pointé du doigt une taxe prochaine sur le carburant avant de s’étendre sur le pouvoir d’achat en général. Environnement et pouvoir d’achat apparaissent comme extrêmement liés, parfois semblant aller dans des sens contradictoires mais qu’en est-il concrètement ?

« Entre fin du monde et fin du mois, on ne choisit pas »

La Marche pour le climat du samedi 8 décembre était organisée en lien avec la COP 24 qui se tient en ce moment en Pologne à Katowice. Les manifestants ont été rejoints par des Gilets jaunes. En effet, de nombreux manifestants ont rappelé que les deux mouvements ne s’opposent pas. On pouvait notamment lire le slogan « Entre fin du monde et fin du mois, on ne choisit pas ». Les marcheurs pour le climat et certains gilets jaunes défendent ensemble l’idée de ne pas avoir à choisir entre les deux causes et qu’elles sont mêmes complémentaires.

Pour revenir à la manifestation parisienne, au niveau de la place de la République, tout s’est déroulé plutôt dans le calme. Quelques actes violents sont apparus en fin de journée qui ont causé quelques dégâts. De nombreux rassemblements ont eu lieu dans le calme dans toute la France, comme à Marseille, Grenoble, Lyon…

Le mouvement des Gilets jaunes est un mouvement profond dont le pouvoir d’achat est au centre des préoccupations mais les Gilets jaunes ne sont pas opposés au courant écologique. Ils reconnaissent le dérèglement climatique et sont conscients qu’il faut agir sur ces questions. Cependant, ils affirment qu’il faut agir dans le bon sens sans pénaliser les personnes les plus en difficulté de la société.

Les Gilets jaunes ne comprennent pas que l’on puisse laisser partir des milliards d’euros à cause de l’évasion fiscale des grands groupes et qu’on augmente le prix du carburant pour tous au même moment.

Rapprocher les causes sociales et environnementales

Les deux causes sont loin d’être antinomiques. Les défenseurs de l’environnement avancent l’idée qu’il faut une justice climatique pour obtenir une justice sociale. Au niveau de l’emploi aussi, une politique en faveur de l’environnement est louée. Des milliers d’emplois existeraient si on mettait en avant les énergies renouvelables selon les défenseurs de cette cause.

Les mesures fortes concernant l’énergie

Dans le contexte de crise liés aux Gilets Jaunes, le Premier ministre a annoncé que les tarifs réglementés en vigueur (TRV) de l’électricité et du gaz n’allaient pas augmenter pendant 6 mois : « Les tarifs de l’électricité et du gaz, qui devaient augmenter en début d’année, n’augmenteront pas pendant la concertation (jusqu’au 1er mars). »

Bon à savoir

Le prix de l’électricité augmente normalement deux fois par an : une fois en début d’année, en janvier, et une fois en août.

Cependant, Jean-Bernard Levy, le PDG d’EDF a annoncé que ce gel des tarifs de gaz et d’électricité devra être compensé pour que le prix réel de l’électricité soit traduit dans les factures.

Les énergies renouvelables à la peine

Les énergies renouvelables comme les éoliennes ou les panneaux photovoltaïques sont des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique mais aussi pour redynamiser des territoires affaiblis par la désindustrialisation ou le manque d’emploi. Emmanuel Macron a beaucoup insisté sur l’écologie pendant sa campagne présidentielle et la nécessité pour la France de diversifier son parc énergétique. Cependant, dans les faits actions de Macron au niveau de l’écologie sont décriés par certains comme on peut le lire ici.

Les énergies renouvelables représentent en France environ 16 % de la consommation finale brute d’énergie en 2016, soit 69 % de plus qu’en 1990. Cependant, l’augmentation n’est pas aussi rapide qu’espérée, notamment pour répondre aux objectifs de la France décidés au cours de l’Accord de Paris sur le climat en décembre 2015 au moment de la COP 21.

Bon à savoir

L’éolien représente 7,1 % des énergies renouvelables en France.

Macron et l’écologie : des paroles mais pas d’acte ?

Au niveau écologique, le président de la République déçoit largement pour l’instant. Les grandes ONG comme Greenpeace ou WWF dénoncent son inaction et une position campée sur la défense des énergies traditionnelles. La question est d’autant posée sur le nucléaire que Macron n’a jamais été très claire sur la question. Le départ du gouvernement de manière fracassante de Nicolas Hulot en est le symbole ultime. Perdant de nombreux arbitrages, l’ancien ministre de l’Ecologie a démissionné début septembre 2018 en rappelant l’urgence à prendre des décisions pour agir en faveur de l’environnement.

Bon à savoir

L’arrivée de Nicolas Hulot comme ministre de l’Ecologie en mai 2017 avait été vue comme porteuse d’espoir. Son départ a affecté la dimension écologique de la présidence Macron.

Un exemple concret : les forages pétroliers en Amazonie

L’Etat français n’encourage pas vraiment les énergies renouvelables ou de façon limitée. La filière nucléaire est largement soutenue et pas réellement économe en euros. De plus, la France favorise les recherches sur des énergies fossiles. Le dernier exemple en date vient de l’Amazonie avec Total. La firme française Total avait pour ambition d’effectuer des prospections pétrolières au large de l’Amazonie. Elle avait besoin pour cela d’un permis de forage. Total avait obtenu ce permis de la France dans la zone partagée entre la Guyane et la Brésil. Cependant, l’Agence brésilienne de protection de l’environnement vient de refuser la licence à Total qui ne pourra pas commencer les opérations. Un récif de corail se situe dans la même zone que le forage. Greenpeace alertait depuis deux ans sur la question. C’est donc le Brésil qui stoppe l’avancée du projet et non la France de Macron qui pouvait pourtant peser sur la question. Le gouvernement avait affirmé qu’il était « légalement impossible » de ne pas accorder l’autorisation à Total.

Sources

https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/12/08/a-la-marche-pour-le-climat-entre-fin-du-monde-et-fin-du-mois-on-ne-choisit-pas_5394647_3244.html

https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/06/edf-previent-le-gel-des-tarifs-de-lelectricite-sera-forcement-compense_a_23610383/

https://www.capital.fr/entreprises-marches/bresil-coup-dur-pour-total-en-amazonie-1319089

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