COP23 : Dernière chance pour renverser la balance

Organisée à Paris il y a un peu moins de deux ans, la COP21 avait été un événement particulièrement médiatisé. Clôturée sur un élan d’optimisme, elle préfigurait le début d’une ère où la totalité (ou presque) des pays du monde s’engageait pour le climat au travers du fameux “Accord de Paris ”.

Depuis, non seulement les Etats-Unis se sont retirés de l’accord, mais les spécialistes ont estimé que les engagements pris étaient loin d’être suffisants pour contenir le réchauffement climatique à 2°C. Autre coup d’arrêt à l’élan d’optimisme : la publication le 13 novembre 2017 d’un rapport indiquant qu’après deux années de stagnation, les émissions de CO2 sont reparties à la hausse en 2017. Cette augmentation s’explique notamment par la reprise de la croissance économique chinoise, la plus polluante au monde. Cette annonce témoigne de l’impact que peut avoir un seul pays sur l’ensemble de la situation planétaire… 

La COP23 qui se tient du 6 au 17 Novembre à Bonn devra donc montrer la capacité de la communauté internationale à rebondir et à trouver des solutions ensemble pour l’avenir de l’humanité.

 

La COP 21 : une illusion médiatique ?

On se rappellera sans doute de l’émouvant discours de clôture de Laurent Fabius, se targuant d’avoir pu aboutir à un texte  “juste, durable, dynamique, équilibré, et juridiquement contraignant”. C’est justement sur ce dernier point, la contrainte juridique, que la COP21 était supposée représenter une avancée importante dans l’histoire des décisions internationales.

En réalité, l’accord ne prévoit pas de mécanisme de sanction, ni de comité de contrôle normalement nécessaires pour veiller au respect du traité. L’élément qui rend cet accord contraignant est dans sa forme : il s’agit d’un protocole qui s’ajoute à la Convention-cadre des Nations unies. Cela lui donne donc un pouvoir juridique fort, comme un traité international. Cependant, l’engagement des pays sur les objectifs nationaux à atteindre dépend de leur volonté et ne peut donc pas être sanctionné s’il est trop peu ambitieux. Finalement, la seule obligation des états est de mettre en place des objectifs et de les réviser à la hausse au moins une fois tous les 5 ans.

 

Les espoirs suscités par l’événement en 2015 ont tout de même été amoindris par la décision américaine de quitter l’accord. Jugeant qu’il représentait une menace pour l’économie de son pays, Donald Trump a décidé de revenir sur la décision de son prédécesseur à la Maison Blanche. Habituellement en chef de file pour les décisions internationales, les Etats-Unis ont déçu les militants de la cause écologique, d’autant plus que ce retrait diminue de facto la portée des ambitions décidées en décembre 2015. En effet, les Etats-Unis sont le deuxième pays qui émet le plus de gaz à effet de serre et leur non-engagement impacte énormément les volontés internationales.

« Je ne peux pas entériner un accord qui punit les Etats-Unis » a déclaré le président américain pour justifier le retrait des Etats-Unis

Des engagements trop peu ambitieux

Si tout le monde s’enthousiasmait à la suite de la COP21, les scientifiques sont aujourd’hui bien moins positifs et affirment qu’en l’état actuel, les engagements seront insuffisants pour maintenir l’augmentation des températures en dessous de 2°C. La communauté internationale estime que l’augmentation des températures pourrait même atteindre 3°C. Et cette variation de 1°C aurait des conséquences terribles sur le plan environnemental mais également sur les plans économique et social. Par exemple, des régions entières sont menacées par la montée des eaux, créant d’importants mouvements de population et donc des crises humanitaires. De plus, la sécurité alimentaire est également menacée car l’augmentation des températures qui diminue les rendements agricoles. En moyenne 25 millions de personnes sont déplacées chaque année à cause des événements climatiques, et la fréquence de ces catastrophes naturelles ne cesse d’augmenter. Malheureusement, elles ont tendance à toucher davantage les pays pauvres, augmentant les inégalités de développement.

Si la France, en accueillant la COP21, s’est donné une image de pays moteur de la lutte pour l’environnement, ses engagements concrets peinent à suivre. En réalité, le pays est à la traîne en terme de transition énergétique et ne parvient pas à se détacher d’un modèle hyper-centralisé de production d’énergie, basé à 70% sur le nucléaire. Autre point noir : l’agriculture intensive. Elle utilise beaucoup trop d’engrais et fait de la France un des pays qui consomme le plus de produits phytosanitaires. Cela entraîne d’importantes pollutions des eaux et met en danger nos sols. Pour l’heure, presque aucune mesure n’a été prise pour transformer le modèle agricole français.

 

La COP23

La nouvelle édition des Conference of the Parties se tient en Allemagne, un pays dont le modèle de transition énergétique a été vivement débattu. Ce n’est pourtant pas l’Allemagne qui en est l’organisateur : en effet, ce sont les îles Fidji, pays particulièrement exposé aux conséquences du réchauffement climatique, qui ont été symboliquement désignées pour organiser l’événement. Cependant, leur (trop petit) territoire était en incapacité d’accueillir un événement d’une telle ampleur. Ce sont plus de 19000 participants qui sont attendus pour débattre autour de ces enjeux climatiques.

Il s’agira en premier lieu de déterminer le pays qui prendra le leadership de la lutte contre le réchauffement climatique. Avec Donald Trump les Etats-Unis ont montré leur réticence à collaborer avec le reste de la communauté internationale, eux qui pourtant, avait un rôle moteur dans ces décisions. Aujourd’hui la planète ne semble plus avoir de porte-parole et il est donc important qu’un des pays majeurs du globe reprenne le leadership sur ces questions.

L’autre question phare de la COP23 est celle des financements. Qui doit payer pour les catastrophes liées aux problèmes climatiques ? Les pays riches se sont engagés à payer pour les pays pauvres (qui sont 5 fois plus touchés) et ont mis en place un Fonds Vert pour l’environnement en promettant 100 milliards de dons à l’horizon 2020. Pourtant, à l’heure actuelle, on ne compte que 10,3 milliards de promesses de dons…

Autre question, l’impact du retrait des Etats-Unis… Difficilement mesurable, il faudra tout de même tirer des conclusions de ce changement et en évaluer les conséquences.

 

En conclusion, les acteurs du combat pour la préservation de l’environnement rêvent de voir les choses (enfin) vraiment changer, et empruntent même au registre de l’ironie pour faire valoir leur cause. Pour frapper un grand coup et rendre les gens conscients de l’inaction des responsables, Greenpeace a imaginé une opération de fausse communication ingénieuse. L’association a créé une fausse startup française, Orizon, qui propose d’acheter des immeubles ou appartements, un “service innovant pour faire du changement climatique une opportunité de réaliser de véritables plus values financières”. Le principe ? La fausse startup affirme se baser sur des données de la NASA et d’une étude du GIEC pour estimer la montée des eaux et proposer des logements qui seront en bord de mer dans des dizaines d’années, quand le niveau de la mer aura augmenté. L’objectif était de choquer avec l’idée de “s’enrichir grâce au changement climatique” et de pointer du doigt le cynisme des états inactifs et des acteurs économiques qui continuent de s’enrichir avec des activités dévastatrices pour l’environnement… 

 

Le message d’alerte de Greenpeace sur la page de sa société fictive
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Article écrit par:

calendar 13 novembre, 2017

( update )