Notre rencontre avec Vol-V, porteur de projets

Une dizaine de kilomètres plus loin (et après un dénivelé quelque peu éprouvant) nous arrivons sous un temps capricieux à Isneauville,  lieu de notre deuxième rencontre rouennaise : la société Vol-V.

Entretien avec Olivier Crochemore et son collaborateur, Yoann Leblanc, spécialiste en biomasse de l’entreprise : 

Vol-V est une entreprise porteuse de projets dans le domaine des énergies renouvelables: elle développe, finance et exploite des centrales d’énergie. Cet entretien nous a offert une vision d’ensemble des énergies renouvelables, avec un oeil critique particulièrement intéressant.

Pour remettre la création de l’entreprise dans un contexte global, les deux collaborateurs nous expliquent que contrairement à ses voisins européens notamment allemands ou belges, la France ne possède pas encore de véritable marché du renouvelable à la fin des années 90. L’activité commence à se développer dans le courant des années 2000.  Jusqu’en 2010, l’entreprise se concentre majoritairement sur l’éolien avant de créer cette année-là une filiale dédiée à la biomasse.

 

  • Ne rien lâcher 

Vol-V ne développe pas les technologies nécessaires à l’installation de centrales énergétiques : elle les achète auprès d’autres entreprises. Son travail consiste donc à aller chercher les technologies existantes, à investir dedans, à les mettre en oeuvre sur le territoire puis à les exploiter. Un travail de longue haleine : en moyenne pour un projet éolien ou biomasse il faut compter environ 7 ans avant que le projet voit le jour. Après les études techniques,  vient toute la sécurisation du projet. Il faut d’abord consulter le maire de la commune pour accord, présenter le projet auprès du conseil municipal pour qu’il autorise la vente d’un terrain dédié à l’exploitation et attendre ensuite sa délibération. L’achat du terrain peut ensuite prendre plusieurs années (parfois même 6 ans dans les cas les plus compliqués), et il faut en même temps s’assurer d’obtenir les droits d’exploitation et réaliser des enquêtes publiques.

Bref, un long processus qui demande patience et persévérance. Là est la valeur ajoutée d’une entreprise comme Vol-V : convaincre les parties prenantes du projet pour aller au bout du processus.

Mais à ce propos, nos deux interlocuteurs sont confiants. Ils croient en leurs projets et leur argument principal face à ces objections n’est autre que l’intérêt général de leur démarche. “Ce qu’on fait, c’est bien !” déclare Yoann Leblanc, “on serait moins à l’aise à monter une usine d’enfouissement de déchets nucléaires”.

 

  • Quelles aides publiques ? 

A propos des aides de l’Etat, les deux collaborateurs nous expliquent qu’il n’y a pas de soutien direct mais que des obligations d’achat ont été mises en places. Lorsqu’on produit de l’énergie renouvelable, les fournisseurs d’énergie sont obligés de l’acheter à un tarif prédéfini. Si cela peut paraître minime, il s‘agit en réalité d’une aide précieuse. Pour les exploitants comme la société Vol-V, elle permet de garantir un chiffre d’affaire constant, et de rassurer ainsi les investisseurs. En France, c’est EDFOA (EDF Obligations d’Achat) qui rachète l’électricité produite et peut ensuite la revendre à d’autres fournisseurs.

Installation d’une éolienne par la société Vol-V

Pour les deux experts, la France n’a malheureusement pas encore acquis une grande culture du renouvelable et peu de particuliers en font le choix, pensant souvent que les tarifs sont plus élevés. Idée reçue ?

  • Les énergies renouvelables sont-elles compétitives? 

La comparaison des prix se fait la plupart du temps avec ceux du nucléaire, une énergie réputée bon marché. Or, pour la centrale nouvelle génération comme celle à eau pressurisée prévue à Flamanville, le kWh coûterait 13 centimes, un montant supérieur à certaines énergies renouvelables. L’enjeu des énergies renouvelables réside donc principalement dans les prix, et la diminution des coûts de production est de bon présage. Depuis 15 ans, le coût de l’éolien s’est stabilisé autour de 15 centimes tandis que les prix du solaire ont été divisés par 10. Les énergies renouvelables commencent donc à devenir compétitives sur le marché.

Seul problème, l’intermittence des énergies éoliennes et solaires qui oblige à maintenir des capacités de production pour compenser les moments où il n’y a pas de ressources. Pour les spécialistes que nous rencontrons, ce problème n’est pas un obstacle infranchissable et se résoudra en mettant en place un nouveau mode de régulation du réseau.

 

  • Produire localement, mutualiser à l’échelle européenne

La régulation doit se faire à l’échelle européenne pour pouvoir faire transiter l’énergie entre les différents pays de manière réactive. L’enjeu est donc d’être capable de prédire les productions des énergies renouvelables dans l’ensemble de l’Europe pour gérer à grande échelle les saisonnalités, et mutualiser l’énergie.

Le développement des énergies renouvelables s’est fait de manière très rapide : en seulement 20 ans , l’éolienne est devenue un objet courant, ce qui rend les collaborateurs de Vol-V optimistes : “En 50 ans, on va révolutionner le modèle énergétique français et européen”. Comment ? Se débarrasser de la vision hyper-centralisée d’après guerre où les moyens de productions sont des infrastructures nucléaires lourdes et coûteuses convergeant vers la capitale.  Au contraire, il faudrait adopter des modes de gestion locale et multiplier les plus petits producteurs sur les réseaux. Un tel schéma permet de relocaliser la production d’énergie et de créer des emplois locaux non-délocalisables.

 

  • Les lacunes de l’industrie française 

Mais dommage que la France n’ait pas développé son industrie dans ce domaine là. Aujourd’hui les technologies se concentrent en Allemagne, au Danemark, en Italie… mais pas en France. “Si on avait eu une politique plus ferme en terme d’énergies renouvelables, il y aurait eu moins de flottements, donc un marché plus sûr et davantage d’industries prêtes à investir dans celui-ci”, affirment-ils. A contrario, un pays comme l’Allemagne a pris un coup d’avance avec sa politique de sortie du nucléaire : un tissus de PME s’est développé et le pays a acquis des compétences qu’il peut désormais vendre à ses voisins.

Le manque d’industrie dans ce domaine en France est un frein au développement des énergies renouvelables car il conduit les producteurs à payer plus cher pour les installations. Et le coût des projets est justement le principal frein d’une entreprise comme Vol-V. Convaincre les banquiers n’est pas simple pour des projets comme ceux là : s’il n’y a plus vraiment de craintes des investisseurs pour l’éolien, il est plus difficile de trouver des fonds pour des projets de biomasse, énergie pour laquelle il y a encore assez peu de retours d’expérience.

 

  • La méthanisation expliquée en quelques mots : 

Pour terminer, Vol-V a choisi de nous en dire un peu plus sur la biomasse et plus particulièrement sur le fonctionnement de la méthanisation, un système très utilisé dans les environs de Rouen.

Ce procédé utilise la matière organique (déchets agricoles, boues de stations d’épuration, tonte de gazon etc.) qu’elle récolte auprès de partenaires locaux. Chauffée et brassée (l’idée étant de reproduire l’effet d’une digestion), la matière organique devient le terrain idéal pour le développement de bactéries qui dégradent la matière en absence d’air et dégagent un biogaz (mélange de méthane et de CO2).

A la fin du processus, pour une tonne de matière organique utilisée, 900 kg de digestat sont produits et sont ensuite redistribués aux agriculteurs pour être utilisés comme fertilisant. Bref, un échange qui profite à différents acteurs locaux et donne une vision enthousiaste d’un mode de production d’énergies renouvelables peu connu mais plein d’avenir.

 

Louise et une partie de l’équipe Vol-V
Redactor

Ecrit par Déborah

Mis à jour le 7 Avr, 2021

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